Iron

Déviation

Général — Par iron @ 13:18

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La convergence s'impose

Philosophie — Par iron @ 07:29

Il y a trois façons de vivre son époque. La première étant d'aller en son sens et de l'entretenir, la seconde, de ne rien en faire et de se laisser porter par le courant sans se soucier de son sens, et la troisième, s'y opposer. De toute évidence, les deux premières se rejoignent, comme le vote blanc ne fait que confirmer la victoire de la majorité. Pour un philosophe, un intellectuel au sens large, un artiste, et simplement un citoyen, la question de l'action ne devrait donc même pas se poser. Ceci conclut à un problème que j'avais rencontré récemment : un philosophe doit-il être réactif à son époque, ou l'étudier comme un phénomène séparé ? Et, finalement, jouer le rôle d'historien du présent. Cela sert, au mieux, à remuer de la poussière et des pages jaunies. Mais, en instrumentalisant ses recherches, en les mettant en situation, elles deviennent utiles et intéressantes. J'ai donc « décidé » de me remettre en guerre.

Encore faut-il s'y remettre intelligemment. Comment puis-je, avec les outils dont je dispose (un parti politique, internet,...) construire un argumentaire efficace qui ait une portée suffisante pour qu'il serve à quelque chose ? Le plus intéressant serait évidemment de s'attaquer à des points précis de l'expression de ce que je nommerai le « neocapitalisme », mais ceci est limité. Cela soulèvera un temps l'indignation de personnes qui sont particulièrement sensibles à tel ou tel sujet, et puis la pâte retombera. En revanche, si je construit un système d'analyse plus large, il aura davantage d'intérêt, mais sera plus ardu et plus obscur, et donc aura moins de portée. De toute évidence, il faut faire les deux. Une troisième tâche est importante : avoir l'infrastructure nécessaire pour que ma voix ait un écho et celles des autres bien entendu. Il faut donc réfléchir à la manière dont on pourrait unir les choses que l'on possède déjà afin d'en créer une nouvelle, plus efficace et plus forte.

Dans un premier lieu, il serait bon de créer une sorte de syndication. Par exemple, créer un « label » que pourraient porter toute organisation qui accepterait telle ou telle valeur. Ainsi, il serait possible de créer une « communauté » autour d'une seule et même chose et de lentement, mais sûrement, rapprocher les différentes organisations les unes des autres.

On pourrait, par exemple, y placer l'anticapitalisme, les droits de l 'Homme, etc... avec des organisations fondatrices. Et ici, il faut s'y prendre avec des pincettes. On pourrait y voir le PTB, la LCR, ATTAC, Indymedia, European Left ou que sais-je encore, mais une chose : ne pas mettre d'autres frontières que les idées communes. Ainsi, progressivement créer un projet commun qui parte d'une situation de dissociation totale basée sur des différences obsolètes, à une situation de mise en commun basé sur des similitudes fondamentales.

Soyons pragmatiques et jetons-en les bases avec les principaux intéressés. Cette première étape ne doit pas durer plus de deux semaines.


Log - 08.07.17

Général — Par iron @ 07:51

Je l'ai certainement déjà dit plusieurs fois, mais voilà des années que je tente de coucher sur papier ce qu' il y a de plus profond en moi, ce qui me passe par la tête, ce flux de pensées, ces réflexions sans mots, et à chaque fois je me dis la même chose. Je vais écrire. Cela prenait toujours des proportions exagérées, pompeuses, je parlais de cela à tout le monde, et une fois de plus j'étais déterminé à écrire quelque chose digne de moi, de montrer ce qui était en moi, probablement pour prouver que je n'étais pas une tête vide. Mais je ne savais pas quoi écrire quand j'étais devant ma feuille de papier. En fait, quand on réunit toutes les feuilles que j'ai grattées ces deux dernières années, on peut y voir un genre de journal intime. Je n'écrivais pas tous les jours, loin de là. Il pouvait se passer des semaines sans que j'écrive une seule ligne. Le plus souvent, il y avait le début d'un texte qui devait être beaucoup plus long, mais que je n'avais jamais le courage de finir. Est ce par manque d'inspiration ou par honte de ce que j'allais écrire plus tard, chaque page ressemble un peu à une ruine, comme lorsqu'on voit une rangée de colonnes de marbre sont en fait l'entrée d'un temple grec détruit. Mais mon temple à moi n'est pas encore construit.

Néanmoins, j'éprouve souvent le besoin et l'envie d'écrire. Les pensées, le flux de pensée, est pour moi pénible si il ne déborde pas sur le « monde matériel » de temps en temps. Il faut qu'il montre une partie de lui, timidement, comme si je voulais jeter le mystère sur mes propres idées. C'est peut être là aussi un trait de ma personnalité, ne jamais dire les choses complètement, donner l'envie d'en savoir plus mais de ne jamais rien ajouter, laissant le lecteur désabusé et assoiffé. Mais encore faudrait-il que quelqu'un lise mes feuillets. A part ceux directement dactylographiés comme celui ci, très peu ont été lus, si pas aucun. En ce moment même, alors que j'ai envie d'écrire, je me demande si je ne devrais pas dactylographier les autres feuilles, maintenant. Si je m'écoutais, je serais déjà en train de fouiller ma chambre pour les retrouver. Je suis volubile, probablement irresponsable et incapable de mener un projet à bien. Impulsif. D'ailleurs, je n'arriverai très certainement à rien dans ma vie. A moins qu'un miracle se produise, je n'aurai jamais la maturité suffisante pour avoir une situation stable. C'est ce qui fait de moi, en plus de quelqu'un artistiquement stérile, un être en marge de la société.

Regardez donc l'empire visuel qui se dresse devant moi ! D'ici, je peux tout voir. Je regarde les autres vivre, travailler, s'amuser, pleurer, sans jamais réellement participer. Parfois, j'aimerais faire partie de ce tout, être un rouage et me sentir utile, nécessaire. Mais si jamais je m'y place, rapidement je m'essouffle et finit par céder. Foucault me dirait certainement qu'on ne peut décemment penser cela, que nous sommes traversés par la société, que nous baignons dedans, et que nous jouons un rôle, que nous le voulions ou non. Il a très certainement raison. Il n'empêche que si j'étais un ouvrier communal, je serais celui qui regarde les autre travailler, assis sur la remorque. Et donc, dans ce corps socialement inerte, il y a une densité d'idées infinie, et là aussi, on peut comprendre pourquoi j'écris. Pour me prouver que je suis bel et bien en vie, que j'ai une fonction. Certains disent qu'on ne peut parler que de ce qu'on connaît. Il me faudrait donc écrire sur l'ennui. On pourrait s'imaginer qu'observer le monde vivre et s'agiter doit être passionnant, que l'on doit en tirer une connaissance de l'homme formidable, que l'on doit s'assagir en regardant les autres commettre des erreurs à notre place. Hé bien, pas du tout. En fait, je ne les regarde pas vraiment. Bien entendu, il m'arrive souvent de penser à eux, de réfléchir à l'homme-fonction, mais rarement à l'homme-expérience.

La vérité, la voila. Je m'emmerde. Et écrire mon ennui, c'est probablement la chose la plus concrète et la plus motivante que je puisse faire. Il y a néanmoins une chose qui attire particulièrement mon attention. La philosophie, l'art de s'asseoir sur un banc et de ne rien faire. Voilà un travail adéquat. Ainsi, on peut justifier son flux de pensée comme mode de subsistance en le comprenant comme fonction, et non comme nécessité. Et puis, j'aime beaucoup analyser, comprendre. Quelqu'un qui travaille, qui est un membre actif de la société ne peut réfléchir comme moi je réfléchis. Il n'en a tout simplement pas le temps. Mais en restant à l'écart, on peut comprendre les choses différemment, ne plus voir le monde de façon manichéenne, limitée, mais tenter de le voir comme un tout, de voir la façon dont il évolue et ce qui s'y dessine mais ne se dit pas.

En somme, je suis un parasite. Je suis le sabot du sabotage, mais pas le saboteur ; je suis inerte.


Foetus, 1

Poésie — Par iron @ 02:32

Ainsi le règne de l'enfant-Roi se termine
Point de drapeau brûlé ou de bruine
Seuls restent le Néant et l'embryon
Le vieux foetus vomit du cocon
Se plie en vain et se contorsionne
Cherchant le téton de la mère, le sein de la bonne
Il se dissout dans le Néant
Il a froid mais ne s'éleve pas
Ainsi meurent étouffés l'enfant et le Roi

20/05.


Le discours gourmand

Philosophie — Par iron @ 00:36

Cette réflexion m'est venue à la suite du visionnage d'un magazine sur France 5 qui parlait des mensonges de l'industrie alimentaire sur les vertus de leurs produits, en matière de santé et de perte de poids. Aujourd'hui, bien plus que de dénoncer des personnes, des groupes précis qui pourraient jouer un rôle négatif dans ce domaine, je voudrais attirer votre attention sur le mécanisme de la diffusion des informations au sujet de l'alimentation.

Il y a aujourd'hui un modèle humain clairement définit par les média au sens large. Au lieu d'y voir ici un plan démoniaque de tentative de normalisation totale de la population résultant d'un complot bourgeois international, j'aimerais plutôt mettre l'accent sur un phénomène sans conscience immanente : la mise sur le marché de l'humain en pièces détachées. Que ce soit son physique, son alimentation, sa santé, sa nourriture spirituelle, sa sexualité, etc, tout est à vendre. Mais pour pouvoir proposer un produit concernant une de ces facettes qui soit potentiellement consommable par un public cible bien défini, il faut avant tout un modèle de référence. Ce modèle va servir à inciter la population-cible à consommer tel ou tel produit pour s'aligner sur ce modèle et en consommer d'autres pour s'y tenir. Cette mise en vente générale est une nécessité de l'impérialisme pour ouvrir de nouveaux marchés à l'intérieur même de son fief. Cette nécessité n'a pas de conscience propre, c'est une évolution, une nécessité historique de l'impérialisme. En somme, quand on a repeint tout le mur, on rajoute une couche, sans quoi il n'y aurait plus aucun intérêt de posséder de la peinture. C'est une première chose.

Dans cette mise en vente générale, il y a, c'est le sujet de cet article, l'alimentation. Ce n'est pas une caractéristique parmi d'autres, car elle est une fonction majeure du corps humain. Il faut, pour comprendre l'ensemble du problème, n'en oublier aucune dimension. L'alimentation est vitale pour le corps humain, et de ce fait, elle est un besoin qui est enraciné en nous jusque dans notre instinct. Cette nécessité biologique a, au-delà de son importance physiologique, une importance psychologique. Dans l'alimentation, il y a le plaisir de l'alimentation, de l'acte, du ressenti, le plaisir de se libérer d'un manque lors de la nourriture. Ensuite, il y a une question d'identité. Nous avons tendance à l'oublier, notre personnalité, notre mode de vie, notre origine culturelle définit notre alimentation. En consommant un produit manufacturé, un aliment issu du marché mondial, nous nous identifions inconsciemment à ce mode de production, nous en dépendons de facto, délaissant petit à petit d'autres sources d'alimentation, car plus coûteuses ou qui demandent trop de temps de préparation, tels que les produits bruts à cuisiner que l'on trouve sur les marchés de quartier. Ce changement de comportement est, dans un monde où nous avons de moins en moins de temps à consacrer à l'élaboration de notre identité alimentaire, la première étape du discours.

Cette alimentation rapide et irréfléchie est devenue une nécessité pour la population active, et donc des enfants qui sont à sa charge. Nous sommes passés, en quelques décennies seulement, d'une alimentation issue de la production strictement nationale et le plus souvent artisanale, à la consommation de produits manufacturés, en provenance de l'étranger, ou plus simplement dépendants du marché mondial. Aujourd'hui, cette source est devenue naturelle pour les nouvelles générations. Bien entendu, beaucoup se posent la question de l'écologie, mais une minorité seulement se pose la question de cette subversion radicale de notre mode de vie.

Il y a, néanmoins, une certaine image encore du produit du terroir. C'est une question profondément identitaire. Par cette appellation, on donne une authenticité au produit, on lui donne une valeur sentimentale, un sentiment de pouvoir encore profiter des petits plaisirs du monde ancien. Sans chercher à les rétablir, on se sent posséder une plus-value identitaire le temps d'un repas. Le produit du terroir fait plus office de vieille façade qu'il faut nettoyer de temps en temps que de réelle alternative à l'alimentation globalisée dans le mode de vie alimentaire occidental. Mais on prête souvent d'autres vertus à ce produit. Si on critique la nouvelle alimentation comme étant nocive pour la santé, bourrée de sucre et de matières grasses, alors ce vestige du monde ancien est, de son antagonisme avec le mode de production à grande échelle, nécessairement bonne pour la santé et innocentée de toute nuisance potentielle. Dès lors, tout ce qui affiche un caractère naturel (fruits, laitages, légumes) est à consommer aveuglément.

Ce détail qui n'en est pas un nous amène le second point du problème discursif : l'alerte sanitaire. La population s'est rapidement habituée à cette nouvelle alimentation, ne faisant globalement plus qu'un avec ce mode de production. Mais voilà que dans cette symbiose parfaite entre pauvreté et mode de production à prix bas un élément perturbateur vient s'ajouter : la santé. Les médecins s'apercevant après coup de la dégradation de la santé de la population due à ce nouveau mode de vie alimentaire, lance l'alerte sanitaire et fait frissonner le consommateur. Rapidement, ce problème va permettre à l'industrie alimentaire de relancer la concurrence et la consommation. En effet, comme les consommateurs vont commencer à rechercher des produits à-priori bons pour la santé, il y aura une nouveau pôle concurrentiel et l'arrivée sur le marché de nouveaux produits qui viendront s'additionner aux autres. Le mode de production ayant l'air de s'être plus ou moins adapté à la nouvelle demande, la symbiose est conservée. Le discours publicitaire se modifie donc pour avaler si j'ose dire le discours scientifique avec une précision assez relative.

Un autre élément, directement lié à l'alerte sanitaire vient s'installer : l'arrivée avec les média du modèle esthétique. Si aujourd'hui le phénomène s'étend à l'intérieur de la gente masculine, c'est principalement les femmes qui sont concernées au départ. La femme se libérant des chaînes que le capitalisme patriarcal lui avait directement imposée à été dans l'obligation de se redéfinir. Mais le système n'ayant jamais dit son dernier mot va rapidement imposer une norme de la femme libre et moderne. Elle a le droit à la beauté. Le modèle : américain. La source : télévisuelle. Ce modèle va commencer par transiter par le cinéma. Les actrices charmantes – mais bien souvent dans des rôles soumis - vont donner une nouvelle perspective à la femme. Puis, avec l'arrivée de la télévision, ce ne sera plus seulement un modèle que l'on ira admirer au cinéma, ce sera un modèle féminin directement importé dans les foyers.

L'industrie alimentaire ne va pas tarder à comprendre qu'il y a là un rôle majeur à jouer. L'image de la femme, dans son rôle le plus médiocre, celui que la société patriarcale lui donne en guise de libération, c'est avant tout une silhouette, un corps qu'il faut entretenir. L'alimentation, source principale de la constitution du corps, va jouer un rôle déterminant. Et là où il va devenir particulièrement puissant, c'est au moment où il va se coupler avec la réponse du discours publicitaire à l'alerte sanitaire. Je crois qu'il faut voir dans ce binôme un seul et même fait, qui est la volonté de construire un modèle quasiment impossible à atteindre sur lequel, à travers les produits à vertus amincissantes et bons pour la santé, il va falloir pousser la population à s'aligner pour conserver une consommation régulière de produits inutiles.

Néanmoins, avec la nouvelle mode médiatique qui est de crier au loup systématiquement lorsqu'une nouvelle découverte ou qu'un nouveau problème surgit afin de faire peur à la population, il y a de plus en plus de débats au sujet de la consommation des occidentaux. Comment expliquer, alors que les scientifiques ont enfin droit à la parole, que la mise en garde est devenue systématique au point de devenir paranoïaque, que les choses ne changent pas ?

C'est la dernière étape. Celle de la dépendance. Bien entendu, ce n'est pas une dépendance chimique, telle que la drogue. Cette dépendance est structurelle, sociale, et hautement politique. Le discours publicitaire sur les produits alimentaires est un énorme noeud que l'on doit démêler. Il faut, pour savoir exactement ce que l'on achète, ce que l'on mange, beaucoup de patience et de temps pour aller voir derrière l'information. C'est précisément ce dont l'occidental moyen manque aujourd'hui. Tout comme il n'a pas toujours le courage de s'intéresser en profondeur à la politique, il n'aura pas plus le courage de se renseigner sur la composition de chaque produit qu'il consomme et de lire les derniers rapports scientifiques. D'autant plus que ces derniers sont écrits dans un langage bien précis, réservés aux scientifiques eux-même.

Quand l'Homme rentre de son travail, il a une série encore d'obligations à remplir. Ménage, approvisionnement du frigo, s'occuper des enfants, etc. Après une journée bien remplie, c'est simple, il n'a plus qu'une envie : se jeter sur le canapé et se reposer. Tout est fait d'ailleurs pour qu'il en aie envie. Les programmes télévisés les plus populaires et les plus simples d'esprits sont diffusés aux heures de grande écoute. Il y a le rituel du repas familial pendant le journal, voir après. Ces moments de réconfort sont très souvent pratiqués devant la télévision. C'est donc quand le niveau de concentration est le plus faible, quand plus personne n'a envie de se défendre contre quoi que ce soit mais de pouvoir laisser son esprit se reposer que vient la publicité. Sur certaines chaînes, les programmes ne sont que des transitions entre deux pages de publicités. Ce qui va être dit lors d'une publicité ne sera pas souvent analysé, il sera enregistré et l'inconscient, parfois même une conscience directe, fera le reste.

Mais prenons le cas de quelqu'un qui ait le courage de décrypter, de réfléchir un peu à l'information qu'il reçoit. Il va rester informé, parfois se documenter. Très rapidement, il sera confronté à l'immense multiplicité des discours. Le labyrinthe discursif est un mélange entre différents discours scientifiques, parfois douteux (car le discours scientifique peut être faux, même si c'est la base de notre recherche de la vérité actuelle), le discours de l'industrie, et celui des média. En fait, on ne comprend rapidement plus grand chose, et nous nous perdons dans une multitude d'informations.

On ne peut que difficilement contourner ce mécanisme de dépendance, à moins d'avoir fait des études de médecine, d'économie, et de comprendre réellement les enjeux de ce nouveau discours gourmand. Voici comment, après une analyse succincte, j'explique la façon dont le discours publicitaire nous encercle et définit la composition de notre assiette.



10 avril.

Général — Par iron @ 22:34
10 avril 2008. 

Depuis toujours, depuis mon tous-jours à moi, j’ai une soif d’apprendre, une soif de comprendre, que je n’arrive jamais à étancher. Ma vie jusqu’ici se résume à emmagasiner des connaissances, principalement sur l’Homme et sur la façon dont il voit le monde, mais à aucun moment je n’ai été satisfait de ce que j’ai appris. Cette soif de compréhension, c’est aussi une volonté de me comprendre moi-même. De même que je ne me suis intéressé à la psychologie qu’au moment où j’ai voulu savoir ce qui se passait dans mon cerveau, autant je ne me suis intéressé à la biologie qu’au moment où je me suis déchiré un ligament au pied gauche. C’est d’ailleurs ce ligament qui m’immobilise et qui m’oblige, mais sans regrets, à rester avec vous un moment. J’ai longtemps pensé à écrire ma propre Encyclopédie. En effet, quoi de mieux pour apprendre un maximum de chose que de se lancer dans la rédaction du savoir absolu ? 

Je me suis tout de suite intéressé au Livre. Ce qu’il s’y racontait à l’intérieur, le secret qu’il livrait, mais aussi sa beauté, son esthétisme, sa souplesse (je n’aime d’ailleurs pas les livres avec des couvertures en carton plus résistant), mais aussi l’image du lecteur. Le lecteur apprend, découvre, et le fait qu’il lise m’a toujours fait ressentir un profond respect envers lui. Le lecteur, c’est le savant, l’homme civilisé qui se cultive et qui entretient sa civilisation. C’est probablement aussi pour cela que j’ai commencé à lire. Mais il y a une chose qui dépasse le lecteur, c’est l’auteur. Le lecteur dépend de l’auteur, mais un auteur sans lecteur n’est qu’un pauvre fou qui un bout de papier avec une plume. Mais si on existe dans ces deux formes, alors on assure la continuité de l’espèce ! 

L’auteur, c’est aussi celui qui a quelque chose à dire. Le fait d’écrire procure un certain respect également. Mais au-delà ce cela, il y a une volonté certaine de s’exprimer, de partager, et d’enfin faire apparaître dans le monde réel ce qui existe dans l’univers de mon esprit – univers, car je me refuse à croire que le monde matériel est plus grand que celui de l’esprit. J’en suis d’ailleurs la preuve. Destiné à passer un mois avec le pied dans le plâtre, mon esprit n’a quant à lui jamais été aussi volatile, aussi stimulé. 

J’ai longtemps tenté de décrire l’immensité de mon esprit. J’ai essayé de montrer comment il était structuré, comment il évoluait, quelle en était la météo. Mais à chaque fois, j’abandonnais, car je me découvrais au fur et à mesure et je me suis rendu compte que j’étais moi-même un territoire inexploré. 

J’ai voulu à une époque avoir un carnet dans lequel je notais simplement tout ce que j’apprenais. J’avais un « microscope » de mauvaise qualité avec lequel je faisais des expériences sur des insectes que j’avais attrapés et que je torturais ensuite sous la lentille pour voir ce qu’il y avait à l’intérieur. Mais je n’ai finalement pas appris grand-chose. Je me suis interessé à plusieurs domaines à l’époque – je devais avoir 8 ou 10 ans. L’informatique, la biologie, la littérature, l’électronique, la chimie,… Mais je n’avais pas la méthode, et mes echecs à progresser dans mes recherches m’ont frustrés. Puis, j’ai vu que tout ce travail avait déjà été fait depuis longtemps ! Tout ce que je voulais apprendre figurait dans des livres, dans des manuels. Mais si c’est déjà fait, et si, par-dessus le marché, on apprend ce que je tente de découvrir dans des écoles, alors à quoi bon avancer ? 

Car j’ai un ego qui dépasse tout limite. Si d’autres personnes ont compris ce que je cherche, si ils l’ont déjà trouvé, alors je me pousse à chercher quelquechose d’encore plus abstrait, d’encore plus flou, ou il n’y a nulle vérités, nulle limites, et où je pourrais faire l’apanage d’une science de la non-science. La philosophie. 

J’apprécie beaucoup Hegel quand il écrit son épistémologie de la philosophie (la Phénoménologie de l’Esprit), mais tant que je reste dans le rationalisme, je marche sur un chemin que quelqu’un a déjà tracé. Pour aller au-delà, alors je dois parcourir des siècles de recherche et de choses que d’autres personnes ont déjà faites avant moi. C’est la terrible frustration de l’enfant-Dieu. 

Bien sûr, j’ai appris à passer outre ces considérations, et à ne pas m’enfermer dans une situation où, finalement, la seule façon pour moi d’arriver à mes fins aurait été de créer théologie. C’est cela que j’aime dans le travail du romancier, c’est qu’il est Dieu. Il a le contrôle total sur tout, l’artiste en général également, et rien ne lui échappe. C’est pour cela que j’aime tant la création artistique, pour tout refaire à mon image. Pour explorer l’infinité de mon esprit. 

J’ai eu de nombreux projets artistiques, principalement littéraires.  Mon premier texte, je l’ai écrit quand je devais avoir huit ans. Ce texte racontait une petite histoire qui se passait dans la cour de récréation. J’en ai écrit un second. Tous deux ont été transformé en boulette de papier et jetés aux oubliettes. En fait, j’avais honte d’être aussi expressif. Je ne pouvais pas faire lire cela à qui que ce soit. Je l’ai donc déchiré, et il m’a fallu dix ans pour pouvoir à nouveau m’exprimer directement à travers l’écriture. C’est ce que j’appellerai la première phase. 

Dans cette première phase, j’ai écrit successivement des histoires d’enfants, des poèmes, des nouvelles fantastiques, romantiques, réalistes, de science-fiction, et un roman moderne. Je ne me souviens pas avoir terminé un seul de ces travaux. C’est normal de manquer d’inspiration quand on utilise mille stratagèmes pour métaphoriser autant que possible son ressenti ; A la fin, on ne parle plus de soi ; et l’enfant-Dieu ne peut pas parler d’autre chose que de lui-même. D’ailleurs, ici, je me parle de moi à moi-même – admirez l’allitération des « m ». J’ai pris conscience qu’en réalité, écrire, c’est une discussion avec un seul intervenant. Mais j’insiste sur le mot discussion, parce que je parle en m’entendant parler, je me découvre une seconde fois en voyant les lettres se dessiner, et je me trouve, à la fin, ravi d’avoir fait ma propre connaissance.


Le sport on s'en foot, 1.

Philosophie — Par iron @ 21:45
Le sport, on s’en foot

Je n’ai jamais été un grand amateur de sport, aussi bien comme activité que comme divertissement. Cependant, c’est un composant essentiel de notre société et je ne peux l’ignorer comme si il n’avait aucun intérêt pour les autres. Tandis que les Jeux Olympiques de Pékin font déjà polémique plusieurs mois avant l’évènement, j’ai décidé de tenter de comprendre le « phénomène sportif ». Il me fallait d’abord savoir de quoi je parlais exactement, ensuite de tenter de comprendre le sport dans sa globalité, de ne négliger aucun de ses aspects, aucun de ses impacts.

Je commencerais trivialement, avec l’origine du mot sport. Le mot vient du vieux français desport qui signifie un plaisir physique ou de l’esprit. Progressivement, il ne s’agira plus que de divertissement physique. Cette définition est excessivement vaste pour notre recherche. Si le Littré ou le Robert acceptent ce genre de définition, nous recherchons une définition plus ciblée sur notre époque. Il faudrait plutôt chercher à savoir ce que signifie le mot sport pour les humains du XXIe siècle.

Selon cette définition, finalement, tout activité physique qui soit créatrice de plaisir est sport. Mais, aujourd’hui, on ne parle plus de sport, mais des sports. On reconnaît différentes disciplines, avec un certain respect ou non. Malheureusement pour les écossais, le lancer de tronc d’arbre ne fait pas le poids face au football ou au tennis. Il est donc question de disciplines. Je reviendrai sur ce mot plus tard également. La reconnaissance d’une discipline sportive, c’est aussi savoir qui joue, et dans quelles circonstances. On ne prêtera attention aux performances d’une personne que si il est reconnu pour sa fonction de sportif.

Il faut ensuite voir de quelle façon ont utilise le sport actuellement. Au-delà de la nécessité d’entretenir son corps, il y a un intérêt pour la communauté dans le sport lorsqu’un membre de celle-ci est reconnu pour ce qu’il fait, et peut défier une autre communauté. Nous verrons ici comment cela se traduit au XXe et XXIe siècle.

Aujourd’hui, le sport est aussi le dernier moyen pour l’homme moderne d’entretenir son corps. Cette nécessité donne au sport une inviolabilité par rapport à tous ses détracteurs. J’aimerais retenir votre attention sur le mot discipline sportive. La discipline, c’est avant tout un ensemble de règles, un mode de vie, une certaine cohésion à observer. Tout comme il faut prendre soin de soi ou respecter la loi, il faut respecter les règles du jeu. C’est un jeu, nous avons tendance à l’oublier. C’est justement l’aspect ludique du sport qui en fait son innocence. Mais le jeu n’est plus lorsque la caméra est devant le joueur. Cela devient une discipline, et lui un modèle à suivre. Tachons de mieux comprendre cette situation.

A suivre. 


Nouvelles acquisitions

Général — Par iron @ 21:18

Ca va barder...

Dictionnaire de philosophie Larousse

Michel ONFRAY, Traité d'athéologie

Michel ONFRAY, Le ventre des philosophes

Friedrich NIETZSCHE, Ainsi parlait Zarathoustra

Friedrich NIETZSCHE, Par delà le Bien et le Mal

Sigmund FREUD, Introduction à la psychanalyse

Michel FOUCAULT, Histoire de la sexualité T1

Michel FOUCAULT, Histoire de la sexualité T2

Michel FOUCAULT, Histoire de la sexualité T3

MERLEAU-PONTY, Phénoménologie de la perception

Jean-Paul SARTRE, Questions de méthode

Jean-Paul SARTRE, L'Être et le Néant

HUSSERL, Idées directives pour une phénoménologie

Immanuel KANT, Critique de la raison pure


A propos de... Alain Badiou "Le Siècle" 2

Philosophie — Par iron @ 15:17

 Cette passion du réel dont parle Badiou est selon lui au dessus du Bien et du Mal, est au dessus de toute morale. Elle l'est car la morale n'est que la trace d'un monde révolu. Je suis d'accord avec cette affirmation, qui me rappelle Hegel. En efet, la morale évolue lentement, elle est modifiée par l'évolution du réel, mais n'est pas directement effective. Combien de temps a-t-il fallu pour que le droit de vote des femmes soit respecté par les hommes après la légifération ? La morale est profondement conservatrice, et on peut se demander à quoi elle sert, quel est son rôle et son origine. Cette question sera posée plus tard.

 Vient alors une idée intéressante. Depuis la fin du petit XXe siècle, qui s'est terminé avec la fin de l'URSS, nous sommes passés de la subjectivation du réel, de la certitude de devoir agir sur le réel, à l'acceptation de la réalité. Badiou souligne que réel est réalité ne sont pas synonymes. La réalité, c'est un semblant de réel. Il nomme ce comportement le nihilisme passif. La réalité serait une représentation du réel. On peut voir, il est vrai, que si on accepte le réel, on accepte en fait l'image que l'on s'en fait, l'image qu'on veut bien lui donner. Selon Badiou, le réel est insaisissable. Vient alors le concept de nature humaine. Il faut accepter un certain comportement humain, ou l'idée que l'on se fait de l'Homme. Violent, cupide, egoïste, etc. Une sorte de cynisme s'installe, qui paralyse l'ensemble de la société. Il dira aussi plus loin, et ici on ne peut lui faire que des éloges, qu'à l'époque où on dit que le monde avance a une vitesse incroyable, on ne voit rien avancé. Car si nous acceptons la réalité, si nous ne tentons plus d'agir sur le réel, et si nous gardons pour vrai la réalité d'après la guerre froide comme modèle absolu de toute société humaine, alors nous stagnons. Et c'est ce que nous faisons. L'humanité est déprimée. Elle ne progresse plus. Bien entendu, il y a le progrès scientifique, qui est l'alibi de tous ceux qui veulent croire à un progrès humain à travers la science uniquement, mais il ne suffit pas à faire évoluer l'humain, et il le fait probablement regresser.

 Selon Badiou, le XXe, c'est le siècle de la recherche de l'homme nouveau. L'antagonisme s'opère ici, avec, d'un coté, le fascisme qui prône la restauration d'un modèle ancien, et de l'autre, le communisme, qui prône une création nouvelle issue de la fusion du Deux en Un. Cet homme nouveau doit se libérer de plusieurs choses. Premièrement la famille. La famille représentait le droit du sang, le despotisme, et l'autorité des parents, représentants l'homme ancien. On peut voir qu'aujourd'hui, l'échec est complet. La famille redevient un élement décisif dans la vie des gens, les jeunes s'y attachent de plus en plus. Il y avait ensuite l'argent, la propriété. Il n'y a qu'à voir le discours du candidat Sarko "travailler plus pour gagner plus" pour voir où on en est. Et enfin, le despotisme étatique, le refus de la démocratie bourgeoise. Aujourd'hui, le devoir de citoyen au regard de l'Etat est primordial. L'échec est total.


A propos de... Alain Badiou "Le Siècle" 1

Philosophie — Par iron @ 20:52

 J'ai récemment lu le livre d'Alain Badiou, Le siècle, et j'aimerais vous faire part ici de quelques réflexions suite à cette lecture. Ceci en est la première partie.

 Il fallait d'abord définir ce qu'était le XXe siècle, savoir quand il commençait ré. Badiou en conclut qu'il commence en 1917 et se finit dans les années 1980. Le "petit" siècle, comme il dit. Il va contre l'idée que le XXe était le siècle des idéologies. Pour lui, c'est avant le siècle de l'antagonisme. Fascisme et communisme, Etats-Unis et URSS, très riches et très pauvres, ainsi de suite. Arretons nous ici quelques instants. Est-il bien raisonnable de définir un siécle ? Badiou le disait lui même, le réel est insaisissable, il ne se représente pas, il se présente. Dès lors, comment résumer septante ans d'histoire par un seul mot ? Ensuite, pourquoi vouloir le définir ?  Est-il vraiment nécessaire de tenter de saisir le siècle dans son entièreté, alors qu'à chaque décennie, qu'à chaque année, il présente un visage différent ? Il parle d'antagonisme, mais ce n'est pas le seul siècle a avoir connu un puissant antagonisme. Le XIXe siècle n'est-il pas celui de la bourgeoisie nationale et du prolétariat international ? Le XVIIIe n'est-il pas celui de la bourgeoisie naissante et de la noblesse en France et dans bien d'autres pays ? Car nous n'avons pas encore parlé du siècle de chaque pays. Le XXe a cela d'avantageux pour le philosophe qu'on peut unilatéraliser la ligne du temps grâce à la mondialisation, et de faire d'un réalité la réalité de tous, car on ne peut plus voir un pays independament des autres - et encore, si on s'en tient à la macroéconomie. C'est ce qui m'a toujours déçu chez tous les philosophes qui se muaient en historien.

 Un autre point qui me dérange chez lui, c'est qu'il utilise des poètes ou des dramaturges pour dévelloper une question qui dépasse totalement l'oeuvre d'un artiste précis. Non pas que je crache sur Breton ou Mandelstam, mais que leur art ne représente que leur réalité, qu'il est compliqué de mettre sur un pied d'égalité un poète russe et un écrivain français.

 Par contre, là où il est intéressant, c'est quand il parle d'un débat qui a animé la société chinoise. Si on défend que le Deux fusionne en Un, cela veut-il dire que l'on est révolutionnaire ? Si on défend que le Un se divise en Deux, est-on réactionnaire ? On parlait ici des classes sociales. Si on admet après la révolution que le Deux a fusionné, alors que les classes sociales sont encores effectives, c'est ne pas reconnaître le réel, et donc voir la vieille société comme la société sans classe.

 Un se divise en Deux, Deux fusionne en Un... Cette notion n'est plus valable aujourd'hui, et cela Badiou l'admet lui-même. Depuis la chute du mur de Berlin, l'antagonisme s'est dissipé, la société s'est fragmentée, le réel n'est plus le même. C'est le XXIe siècle. En outre, il utilise un terme qui me trouble. Passion du réel. J'ai du mal à le comprendre. Subjectivation du réel ? Je ne le sais.


Ecriture orgasmique, 0.

Général — Par iron @ 21:35

Je regarde ma feuille, mon écran, la page blanche, le document vide. Quand je cherche à écrire, je regarde ma feuille blanche longuement. Ses aspérités, son lignage ou son quadrillage. Dieu, le stylo, la verge, va créer. Mais en attendant, il n'y a encore rien. Il suffit de quelques mots, de quelques gouttes d'encre. Et « ça » existe. Devant ma feuille, je suis Dieu. Ce pouvoir, celui de la création, est une responsabilité que nous ne pourrons jamais assumer. Une phrase, et il existe une langue, une grammaire, peut-être un sujet, un verbe, un complément, un contenu. Un embryon. Mais mon plaisir n'est pas à la création. C'est celui d'admirer le néant. Si on m'en laissait la liberté, mon roman, ce serait quelques centaines de pages blanches, où le lecteur savourerait à chaque fois la nudité délibérément laissée par un Créateur fainéant et irresponsable. Le divin a toujours eu la place qui lui revenait dans la littérature. La métaphysique du stylo et de la feuille. Qu'y-a-t-il sous vos yeux ? Rien. Certains diront que, justement, ce rien est Tout. Le stylo va finir par jouir, le cortex va éjaculer sa substance noire sur ce paradis blanc. La feuille attend que je crée. Elle va bientôt respirer, mais pour l'heure, elle n'est pas.

On me prête parfois une tendance destructrice. Malheureux, non ! Le destructeur détruit, tandis que je me constipe l'esprit. Le Destructeur a fait le chemin inverse du mien. Il a vu l'étendue de mots, ce flux de causeries de l'esprit. Il a pris une allumette et a mis le feux à la paperasse. Et il n'a pour seul trophée que des cendres, des pages noires, ce tout incohérent qui portera toujours la marque de son existence passée. La feuille blanche n'est rien. Pour cela, je l'aime. C'est pour cela, entre autre, que j'aime écrire. On ne peut d'ailleurs être écrivain sans avoir un profond désir de pénétrer la feuille, de la soumettre, comme un tueur égorge sa victime avant de la manger et de la faire sienne. L'écrivain bande en écrivant. La feuille est un exutoire, une propriété, une dépendance territoriale.

J'ai envie de détruire cette feuille. D'anéantir son Tout de non-existence, d'allumer mon briquet et de l'abandonner aux flammes. Quand on écrit, plus qu'un soulagement, plus qu'un orgasme, c'est une justification de sa toute puissance. L'invincibilité de l'esprit qui crée. La feuille, c'est une proposition pour l'esprit d'exister. L'insolente ! Ais-je donc besoin de cela pour prouver mon existence ? Clame l'esprit. Voyez ici un grand barbu habillé en tenture, dessiné par des nuages gris, qui tend son bras de cumulus, l'index pointé sur un petit mammifère bipède doué d'intelligence. Il n'y a qu'en brûlant la feuille ou en la pénétrant, au sens le plus obscène du terme, que l'esprit existe. Il sera à jamais dépendant de la feuille. Imaginez donc que l'on vous donne un insecte, et que l'on vous dit « écrase cet insecte, affirme ta superiorité ! ».

Hé bien, j'ai décidé d'exister.


Questions

Philosophie — Par iron @ 21:42

Les banques, propres et aseptisées, où rien n'est visible, avec le langage commercial et politiquement correct, le langage de la banque, éloigne-t-elle l'homme de l'argent, de la notion de travail ? En effet, si il n'y a plus de contact avec l'argent, on en oublie son importance (sauf besoins directs), de même qu'en achetant une action, même minime, on oublie le travail qu'il y a derrière. Le chiffre a supplanté le mot et l'acte. L'influence de l'informatique ? Sur les pensées, et sur la vie quotidienne. A-t-elle éloigné l'homme de la réalité ?


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Général — Par iron @ 21:40

C'est toujours le même rituel. Assis au bar, ou devant mon ordinateur, qu'importe. Je vois la vie des autres avancer, évoluer, je vois leurs échecs et leurs réussites. Puis, je me rend compte que je suis dans une bulle temporelle qui m'empêche d'avancer. Je ne construis ni ne détruit rien. Rien ne bouge. Cinq mois d'inertie complète. Dix huit ans, oserais-je dire. Voir les autres être actifs alors que je suis impuissant me frustre horriblement. Je dois faire ceci, je dois faire cela, on a projeté de... voila des expressions que je n'utilise plus depuis longtemps. Je me sens abandonné, en dehors de tout, parce que je ne fais jamais rien. Mais qu'y a-t-il à faire ? Cette vie, cette période de l'histoire, grande ineptie, finalement. Je ne vois rien à construire sur un sol en argile. Je ne vois pas pourquoi s'aventurer sur des routes qui ne mènent nulle part. Mais que faire d'autre ? Chaque jour, on me prouve un peu plus que nous sommes ridicule, moi en particulier, et je ne trouve rien qui pourrait motiver une démarche quelconque. On arriverait toujours au même résultat. On finirait tous au comptoir.

Quand on me demande : mais pourquoi n'avances tu donc pas ? Je ne sais que répondre. Parce que je ne crois pas en moi ? Certainement. Parce que je ne vois aucun avenir ? Probablement. Parce que j'ai toujours manqué de courage ? C'est possible. Parce que je suis d'une nature « stationnaire » ? C'est une réponse plus intéressante. C'est vrai, ce que je préfère dans la vie active, c'est précisément quand on ne fait rien. Le bonheur de rester au café, dans sa petite famille, contempler les allées et venues, toujours accueillir l'ami ou l'inconnu qui vient boire un godet à côté de soi, c'est le genre de chose qui me plaît le plus au monde. J'imagine ce qu'ils font en dehors du café. Cela me donne envie d'écrire. Sur eux, sur ce que je vois. Toujours, dans ma vie, je suis et je resterai un observateur. Je ne suis pas fait pour agir. Je suis fait pour commenter, pour conseiller, pour réconforter, pour critiquer, pour écouter, pour témoigner. Je peux être efficace et responsable dans une activité qui me plaît, mais celle qui me plaît, c'est l'inactivité. Je ne suis que le cache, le tampon de mon époque. Le problème n'est donc pas tant de me retrouver abandonné, même si dans ce genre de situation, il est difficile d'être membre d'un groupe cohérent, mais plutôt de l'image qu'on me rend de moi.

A ceux qui me disent qu'il ne faut pas accorder d'importance à ce que les autres disent, je leur ris au nez. Ce serait ignorer l'ensemble de la société. Mais je vis avec elle. Je respire l'air ambiant et je m'en inspire, que je l'aime ou non. Et l'image que je donne aura toujours une importance, sur ma vie, sur mon mental, sur mes relations avec les autres. Le nier n'y changera rien. Par contre, le clamer bien fort et essayer de changer les mentalités, c'est autre chose. J'exige donc le droit à ne rien faire. Ce n'est pas une question de paresse, d'oisiveté, de vouloir profiter du système, mais bien une question de choix. Rien ne me convient dans les activités que l'on me propose. Cela ne me motive pas, et ne me donne globalement pas envie de vivre. Bien sûr, il ne s'agit pas d'une inertie complète. Je peux entreprendre certaines choses, on peut compter sur moi, mais ce ne sont que des activités secondaire qui devront toujours se soumettre à mon inactivité. Je ne peux être réellement en paix avec moi-même que si je laisse libre cours à mes rêveries, à mes envies, à mes pensées.

Je ne compte voler d'argent à personne. Mais j'estime que toute personne qui ne fait rien a droit à confort et décence tout au long de sa vie. J'ai entendu dire un collègue qu'un homme travaillant et ayant une fonction importante valait plus à ses yeux qu'un chômeur. Pourtant, de combien d'immondes connards qui exercent des métiers importants ais-je eu vent ? Et avec combien de chômeurs honnêtes et intelligents ais-je pu parler ? Il est certainement arrogant de croire qu'on peut faire fi de toutes les valeurs de la société capitaliste, mais il est bien plus arrogant encore de croire qu'être actif suffit à un homme pour gagner ne serait-ce qu'une iota d'estime et de valeur.


Senghor

Philosophie — Par iron @ 22:01

 Ceci est une dissertation écrite en classe en une heure et demi. Je la retravaillerai par après. Je vous laisse ici la première version.

La doctrine de la négritude élaborée par Senghor vous parait-elle être une solution à l'émancipation du peuple sénégalais ?

Introduire un tel sujet n'est pas facile. Pas facile parce que je m'avance dans un sujet dont je ne mesure pas encore bien l'ampleur et pour lequel il me manque des informations sur la situation sénégalaise. Je vais néanmoins tâcher d'analyser ce sujet, mais avec beaucoup de prudence. Voyons tout d'abord les principaux reproches qui lui sont faits, nous aurons un tour d'horizon de cette problématique.

La principale critique nous vient d'Adotevi. Il considère que la négritude est un concept qui a eut son utilité lors de l'indépendance, mais qui n'a pas su s'adapter aux besoins de la population. En effet, la négritude présentait la culture noire de façon idéaliste et archaïque. D'autres disent qu'en reprenant les préjugés des colons, il enferme le Noir dans son rôle par rapport à l'Occident.

En lisant ces critiques, une chose est apparue de plus en plus clairement : la nécessité historique d'un soulèvement passe toujours par une idéalisation de l'opprimé. Que ce soient le féminisme, le mouvement de libération homosexuel, la révolution russe ou la révolution française, ainsi que les nombreux mouvement d'indépendances à l'intérieur des colonies. Certains ont remplis leur rôle, d'autres non. Voyons en quoi la négritude est différente des autres et quels sont ses échecs, dont certains ont été mis en évidence, mais jamais réellement mis en situation et en corrélation. Je me limiterai aux mouvements indépendantistes coloniaux, et je verrai comment ils ont réussis. Pour ce faire, je commencerai par étudier la façon dont un pays opprime l'autre à l'intérieur d'une colonie.

Le pays colonisateur (je ne parlerai pas ici des colonies privées) s'installe systématiquement pour une raison économique, nous le savions déjà. Au départ, donc, le peuple colonisé n'est qu'une matière première pour les colons, tel l'or ou le charbon. Il y a une dépendance, une soumission qu'il s'installe donc, je parlerai d'ailleurs d'aliénation. On peut distinguer trois volets dans cette dépendance : économique, physique, et culturelle. En effet, en plus de gérer un peuple comme du bétail, ils apportent avec eux leur culture, qui se traduit à travers une structure étatique, une religion, un mode de vie, une langue, et tout ce qui fait l'Européen européen. La structure de la société dite indigène (je ne parlerai pas ici d'Etat) est rayée de la réalité historique. Aujourd'hui encore, on mentionne très peu la situation de l'Afrique avant la colonisation. La vie du colonisé étant vide de droits, vide de culture (d'identité;) et vide de possession, plus rien ne le définit. Il va donc chercher à réintégrer sa fierté, son identité, et trouver une bonne condition de vie. Voyons comment et avec quels outils il va tenter de s'extirper de sa condition.

Pour cela, il faut comprendre comment fonctionne une société coloniale, mais aussi quelle possibles interactions elle peut avoir avec la métropole. Dans la société coloniale se développe une société de classe, légèrement différente, légèrement différente de celle du pays colonisateur, dans le sens où n'importe quel colon allant habiter dans la colonie devient membre de la bourgeoisie coloniale. Les colonisés étant à mi-chemin entre l'esclavage et le prolétariat. Le prolétaire n'existe pas dans une société coloniale. Les colonisés deviennent alors la classe dominée de facto. La colonie ayant alors davantage besoin de nouveaux capitaux que de main d'oeuvre qualifiée, c'est principalement la bourgeoisie (et les moyens de production avec eux) qui s'installent dans la colonie. Ceci vaut uniquement pour les colonies de population, dans les colonies économiques, seul l'argent voyage. Le peuple colonisé aura le soutien d'un prolétariat européen en ces temps là survolté, qui va attaquer et tenter de déstabiliser la classe dominante.

Il y aura également des conflits entre les pays occidentaux, où le peuple colonisé, pourra, lui aussi, se révolter. Vient maintenant une question importante : comment des peuples déchirés peuvent trouver la cohésion nécessaire pour lutter sur un front commun ? Selon moi, il y a plusieurs moyens : une conscience de classe élevée, qui est forte si l'oppression physique est présente. Cette façon d'unir le peuple colonisé fonctionne moins bien si le pays colonisateur lui laisse davantage de liberté. Le vecteur culturel, tel la négritude, ou encore le vecteur religieux. La négritude a donc cet avantage d'unir un continent entier derrière un seul et même mot. Car si la révolte se limite au Sénégal, elle sera rapidement livrée à elle-même. Cette situation n'est pas viable. Elle ne suffit d'ailleurs pas pour en finir avec l'Occident. Explorons un peu cette aliénation économique.

La solution, simple mais ingénieuse, pour l'Occident, de garder la main-mise sur l'économie du pays colonisé, a été de continuer à investir dans l'ancienne colonie : armes, médicaments, matériel divers, tout cela est bon. L'ancienne colonie n'ayant pas d'argent pour payer ces produits dont elle a pourtant besoin, elle s'endette, et s'enfonce petit à petit dans les affres de la mondialisation. Ainsi, le peuple colonisé reste dominé économiquement, indirectement physiquement (car dépendant du marché mondial). Reste la culture, pâle nostalgie de journées plus belles, qui, en plus de ne résoudre aucun problème, augmente encore un peu plus la frustration des anciens peuples colonisés.

La révolution culturelle n'est alors intéressante que pour quelques intellectuels, et reste indépendante du contexte historique. La recherche d'identité doit donc être un phénomène plus vaste, qui est l'amorce d'une subtile mécanique de libération. Certains ont parlé de manque d'adaptation, je dirai plutôt ici d'un manque d'une métamorphose nécessaire. Réveiller continuellement l'orgueil d'un peuple dans une mécanique active finit souvent par transformer un mouvement révolutionnaire en mouvement réactionnaire nationaliste. Au contraire, sur fond culturel, la révolution doit se métamorphoser en réel organe de lutte, mais qui se base cette fois sur une conscience de classe éveillée par la révolution culturelle pour avancer vers une indépendance totale.

Bien entendu, ce mouvement doit converger avec des vagues similaires dans les pays voisins, et établir une réelle solidarité, sous peine de voir le mouvement autarcique se voir écrasé par le système mondial. Certains disent que cette route est pleine d'embûches, et qu'on n'arrive à un tel mouvement que par miracle. Ils n'ont pas tort. Senghor avait pourtant là une occasion de le faire.

Le mouvement d'indépendance dans les colonies n'est pas profondément différents des autres mouvements révolutionnaires. Le principe est toujours le même – et peu ont réussi. Le féminisme, le mouvement homosexuel, lé révolution irlandaise, etc. Tous ont échoués parce qu'ils ne se sont pas dépassés. Quand on comprend d'une caractéristique, qu'un rapport de force entre deux classes est le résultat d'un système et de son histoire, alors on comprend aussi que changer une caractéristique précise ne mène qu'à la stigmatisation, et incite le système à entourer, ou plutôt gérer ce problème avec plus d'attention. Ainsi, les populations sont encore plus comprimées dans leur rôle qu'on leur a donné. En somme, on devrait lutter ensemble, faire converger tous les mouvements, qui ne se battent que contre une seule et même chose, en gardant à l'esprit que la somme de plusieurs peuples ne sera jamais égal à la somme de son total.


 


Log 001

Général — Par iron @ 21:37

Ce que je dis ici ne sera pas répété deux fois. Tout d'abord, parce que j'ai rarement le courage de recommencer un ouvrage déjà entamé précédemment puis perdu. L'autre raison, et bien plus réelle, c'est que je n'aurai pas envie de devoir ressasser ce que je vais coucher ici, tout comme je ne relirai jamais ce texte. Veuillez donc excuser les quelques maladresses de style et de grammaire.

Recommençant, après quelques mois de « grève », à lire et à écrire, j'ai commencé à faire le point sur ma réelle progression dans le domaine de la littérature. J'ai beaucoup lu, c'est vrai. Proust, Nothomb, Sartre, Camus, Trotski, Simenon, pour ne citer que les principaux. Mais qu'ais-je réellement écrit ? Depuis toutes ces années où je rêve, car oui je ne fais que cela, je rêve de pouvoir enfin me consacrer à ma vocation d'écrivain, j'ai élaboré maints projets, maintes histoires, pour en revenir finalement toujours au même point. J'ai un certain style, certainement. Je ne le nie pas. Mais jusqu'ici, en dehors de quelques tirades, de quelques poèmes, de quelques phrases bien tournées sui se dégagent d'un texte plat, tel un massif rocheux au milieu de plaines désertiques, je n'ai pas pu le démontrer réellement. Et pourtant je m'en vante. C'est vrai, parfois, ces seuls « faits d'armes » constituent un patrimoine suffisant pour dire que « j'ai un certain style ».

C'est là que je me pose la première question, qui est de savoir si j'aime écrire ou si j'aime l'image de moi que je donne en écrivant. Pis encore, si par là je me déleste d'affreux remords d'un oisif frustré par une société du travail. En tous cas, j'aime écrire. Tout du moins, il m'est arrivé de prendre beaucoup de plaisir à écrire. Le verbe est tantôt salvateur, tantôt fuyard, tantôt charmeur, parfois plaidoyé et encore le plus souvent provocateur. C'est un outil très égoïste, probablement, avant d'être une passion, elle aussi fort égocentrique. On peut aisément dire que mes textes me concernent avant tout, et que le lecteur n'est que le passif témoin de ma gloire ou de ma décrépitude. Le problème est donc davantage de savoir ce qui est arrivé en premier chez moi : écrire, la situation de l'écrivain ou le symbole de la littérature ? Je ne peux pas y répondre directement. Si j'en donne la liste d'arrivée temporelle, alors c'est effectivement le plaisir d'écrire. J'ai bien écrit, quand j'avais huit ou neuf ans, quelques histoires, qui une fois encore ne racontaient que ma vie. J'y reviendrai d'ailleurs plus tard. Mais il y a l'origine de ma démarche actuelle. Elle est plus floue. Je crois qu'une fois encore, je n'ai fait qu'instrumentaliser ma capacité à écrire de belles choses pour sortir d'une impasse morale envers moi-même. Mais aujourd'hui, je le vois bien, cette seule motivation ne m'a pas poussé bien loin, et les seuls textes prometteurs (car ils promettent toujours beaucoup mais ils ne se réalisent jamais entièrement) que j'ai écrit, étaient sous le joug d'un flot naturel de mots, comme si c'était la continuité naturelle de ma pensée. C'est là que j'aime très pompeusement me comparer à Proust. Quand je le lis, j'ai l'impression que c'est là le journal de bord de son esprit, et que ses livres sont si naturels, sont tellement Proust, que c'est là le plus bel exemple de lyrisme que l'on puisse donner. C'est apparemment sous la téméraire et tempétueuse passion du verbe que je suis le meilleur, ce qui ne fait finalement qu'accentuer mon oisiveté.

Pourquoi je raconte tout cela ? Parce que c'était la condition sine qua none à un changement d'optique qui n'est pas révolutionnaire, mais évolutionnaire. Je soulignerai même ce mot, tant j'ai fait de révolution mentale qui n'ont abouti qu'à construire une autre strate imperméable dont rien ne sort, puisque déjà couchée sur des bases complètement stériles. Mais il est encore temps de bâtir. Finalement, si toutes ces questions sont soulevées aujourd'hui, c'est qu'il y avait une réelle dénaturation de mes textes. Il me vient comme seule et unique conclusion tangible, que si je suis un être qui effectivement n'écrit que pour lui, et qui n'a d'autre but que de créer la continuité alors empêchée de sa pensée, je n'ai aucune bonne raison de me raconter autre chose que moi-même. Pourtant, je le ferai lire aux autres, comble de l'hypocrisie, de l'orgueil et de l'égocentrisme, néanmoins tout à fait justifié.

Donc, d'accord, parler de soi. Mais avec quels mots ? C'est là la tâche la plus difficile pour moi. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, je n'ai jamais pu aller au fond des choses. C'est une pudeur que la pudeur elle-même m'interdit d'avouer. Je noterai ici que j'ai longuement réfléchit avant d'aligner les mots qui précédent, cherchant la façon la plus subtile et la plus mensongère de suggérer les choses seulement, et de les enfouir sous une vaste couche de métaphore et de sous-entendu, de telle sorte qu'elles en deviendraient imperceptible, même pour moi. Cette longue phrase est d'ailleurs la décontraction de la lourdeur de celle qui la précède, et celle-ci, la dernière des trois, salvatrice, et annonciatrice d'un nouvel aveu de ma stérilité littéraire.

Je vous parlais tout à l'heure de mes premiers textes, écrits fébrilement un peu après avoir appris l'alphabet et les principales notions de conjugaison. Ces textes ne sont, à ce que je me souvienne, peu différents de mes créations plus récentes. Il est deux convergences à noter : je parle toujours en je, et pourtant ce n'est jamais moi qui parle, mais une autre personne. La seconde chose, c'est que le personnage ne rencontre jamais vraiment mes situations émotionnelles, mais plus généralement une pâle copie, plus souvent encore une personne susceptible d'avoir eu les mêmes sentiments que moi, mais bien souvent qui restent un phénomène passé dont je ne parle jamais vraiment. Cette extrême pudeur, car c'est en effet de la pudeur. Et je suis un peu aujourd'hui, face à mon écran, comme une pucelle avant sa nuit de noce. Mais la coincée s'assume. Je n'assume pas ma pudeur, puisque je ne la raconte pas. Il y a en tous cas un problème pour l'écrivain lyrique à ne pas vouloir se dévoiler. Parler en « je » ne suffit pas.


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