Iron

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Général — Par iron @ 21:37

Ce que je dis ici ne sera pas répété deux fois. Tout d'abord, parce que j'ai rarement le courage de recommencer un ouvrage déjà entamé précédemment puis perdu. L'autre raison, et bien plus réelle, c'est que je n'aurai pas envie de devoir ressasser ce que je vais coucher ici, tout comme je ne relirai jamais ce texte. Veuillez donc excuser les quelques maladresses de style et de grammaire.

Recommençant, après quelques mois de « grève », à lire et à écrire, j'ai commencé à faire le point sur ma réelle progression dans le domaine de la littérature. J'ai beaucoup lu, c'est vrai. Proust, Nothomb, Sartre, Camus, Trotski, Simenon, pour ne citer que les principaux. Mais qu'ais-je réellement écrit ? Depuis toutes ces années où je rêve, car oui je ne fais que cela, je rêve de pouvoir enfin me consacrer à ma vocation d'écrivain, j'ai élaboré maints projets, maintes histoires, pour en revenir finalement toujours au même point. J'ai un certain style, certainement. Je ne le nie pas. Mais jusqu'ici, en dehors de quelques tirades, de quelques poèmes, de quelques phrases bien tournées sui se dégagent d'un texte plat, tel un massif rocheux au milieu de plaines désertiques, je n'ai pas pu le démontrer réellement. Et pourtant je m'en vante. C'est vrai, parfois, ces seuls « faits d'armes » constituent un patrimoine suffisant pour dire que « j'ai un certain style ».

C'est là que je me pose la première question, qui est de savoir si j'aime écrire ou si j'aime l'image de moi que je donne en écrivant. Pis encore, si par là je me déleste d'affreux remords d'un oisif frustré par une société du travail. En tous cas, j'aime écrire. Tout du moins, il m'est arrivé de prendre beaucoup de plaisir à écrire. Le verbe est tantôt salvateur, tantôt fuyard, tantôt charmeur, parfois plaidoyé et encore le plus souvent provocateur. C'est un outil très égoïste, probablement, avant d'être une passion, elle aussi fort égocentrique. On peut aisément dire que mes textes me concernent avant tout, et que le lecteur n'est que le passif témoin de ma gloire ou de ma décrépitude. Le problème est donc davantage de savoir ce qui est arrivé en premier chez moi : écrire, la situation de l'écrivain ou le symbole de la littérature ? Je ne peux pas y répondre directement. Si j'en donne la liste d'arrivée temporelle, alors c'est effectivement le plaisir d'écrire. J'ai bien écrit, quand j'avais huit ou neuf ans, quelques histoires, qui une fois encore ne racontaient que ma vie. J'y reviendrai d'ailleurs plus tard. Mais il y a l'origine de ma démarche actuelle. Elle est plus floue. Je crois qu'une fois encore, je n'ai fait qu'instrumentaliser ma capacité à écrire de belles choses pour sortir d'une impasse morale envers moi-même. Mais aujourd'hui, je le vois bien, cette seule motivation ne m'a pas poussé bien loin, et les seuls textes prometteurs (car ils promettent toujours beaucoup mais ils ne se réalisent jamais entièrement) que j'ai écrit, étaient sous le joug d'un flot naturel de mots, comme si c'était la continuité naturelle de ma pensée. C'est là que j'aime très pompeusement me comparer à Proust. Quand je le lis, j'ai l'impression que c'est là le journal de bord de son esprit, et que ses livres sont si naturels, sont tellement Proust, que c'est là le plus bel exemple de lyrisme que l'on puisse donner. C'est apparemment sous la téméraire et tempétueuse passion du verbe que je suis le meilleur, ce qui ne fait finalement qu'accentuer mon oisiveté.

Pourquoi je raconte tout cela ? Parce que c'était la condition sine qua none à un changement d'optique qui n'est pas révolutionnaire, mais évolutionnaire. Je soulignerai même ce mot, tant j'ai fait de révolution mentale qui n'ont abouti qu'à construire une autre strate imperméable dont rien ne sort, puisque déjà couchée sur des bases complètement stériles. Mais il est encore temps de bâtir. Finalement, si toutes ces questions sont soulevées aujourd'hui, c'est qu'il y avait une réelle dénaturation de mes textes. Il me vient comme seule et unique conclusion tangible, que si je suis un être qui effectivement n'écrit que pour lui, et qui n'a d'autre but que de créer la continuité alors empêchée de sa pensée, je n'ai aucune bonne raison de me raconter autre chose que moi-même. Pourtant, je le ferai lire aux autres, comble de l'hypocrisie, de l'orgueil et de l'égocentrisme, néanmoins tout à fait justifié.

Donc, d'accord, parler de soi. Mais avec quels mots ? C'est là la tâche la plus difficile pour moi. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, je n'ai jamais pu aller au fond des choses. C'est une pudeur que la pudeur elle-même m'interdit d'avouer. Je noterai ici que j'ai longuement réfléchit avant d'aligner les mots qui précédent, cherchant la façon la plus subtile et la plus mensongère de suggérer les choses seulement, et de les enfouir sous une vaste couche de métaphore et de sous-entendu, de telle sorte qu'elles en deviendraient imperceptible, même pour moi. Cette longue phrase est d'ailleurs la décontraction de la lourdeur de celle qui la précède, et celle-ci, la dernière des trois, salvatrice, et annonciatrice d'un nouvel aveu de ma stérilité littéraire.

Je vous parlais tout à l'heure de mes premiers textes, écrits fébrilement un peu après avoir appris l'alphabet et les principales notions de conjugaison. Ces textes ne sont, à ce que je me souvienne, peu différents de mes créations plus récentes. Il est deux convergences à noter : je parle toujours en je, et pourtant ce n'est jamais moi qui parle, mais une autre personne. La seconde chose, c'est que le personnage ne rencontre jamais vraiment mes situations émotionnelles, mais plus généralement une pâle copie, plus souvent encore une personne susceptible d'avoir eu les mêmes sentiments que moi, mais bien souvent qui restent un phénomène passé dont je ne parle jamais vraiment. Cette extrême pudeur, car c'est en effet de la pudeur. Et je suis un peu aujourd'hui, face à mon écran, comme une pucelle avant sa nuit de noce. Mais la coincée s'assume. Je n'assume pas ma pudeur, puisque je ne la raconte pas. Il y a en tous cas un problème pour l'écrivain lyrique à ne pas vouloir se dévoiler. Parler en « je » ne suffit pas.


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