Iron

10 avril.

Général — Par iron @ 22:34
10 avril 2008. 

Depuis toujours, depuis mon tous-jours à moi, j’ai une soif d’apprendre, une soif de comprendre, que je n’arrive jamais à étancher. Ma vie jusqu’ici se résume à emmagasiner des connaissances, principalement sur l’Homme et sur la façon dont il voit le monde, mais à aucun moment je n’ai été satisfait de ce que j’ai appris. Cette soif de compréhension, c’est aussi une volonté de me comprendre moi-même. De même que je ne me suis intéressé à la psychologie qu’au moment où j’ai voulu savoir ce qui se passait dans mon cerveau, autant je ne me suis intéressé à la biologie qu’au moment où je me suis déchiré un ligament au pied gauche. C’est d’ailleurs ce ligament qui m’immobilise et qui m’oblige, mais sans regrets, à rester avec vous un moment. J’ai longtemps pensé à écrire ma propre Encyclopédie. En effet, quoi de mieux pour apprendre un maximum de chose que de se lancer dans la rédaction du savoir absolu ? 

Je me suis tout de suite intéressé au Livre. Ce qu’il s’y racontait à l’intérieur, le secret qu’il livrait, mais aussi sa beauté, son esthétisme, sa souplesse (je n’aime d’ailleurs pas les livres avec des couvertures en carton plus résistant), mais aussi l’image du lecteur. Le lecteur apprend, découvre, et le fait qu’il lise m’a toujours fait ressentir un profond respect envers lui. Le lecteur, c’est le savant, l’homme civilisé qui se cultive et qui entretient sa civilisation. C’est probablement aussi pour cela que j’ai commencé à lire. Mais il y a une chose qui dépasse le lecteur, c’est l’auteur. Le lecteur dépend de l’auteur, mais un auteur sans lecteur n’est qu’un pauvre fou qui un bout de papier avec une plume. Mais si on existe dans ces deux formes, alors on assure la continuité de l’espèce ! 

L’auteur, c’est aussi celui qui a quelque chose à dire. Le fait d’écrire procure un certain respect également. Mais au-delà ce cela, il y a une volonté certaine de s’exprimer, de partager, et d’enfin faire apparaître dans le monde réel ce qui existe dans l’univers de mon esprit – univers, car je me refuse à croire que le monde matériel est plus grand que celui de l’esprit. J’en suis d’ailleurs la preuve. Destiné à passer un mois avec le pied dans le plâtre, mon esprit n’a quant à lui jamais été aussi volatile, aussi stimulé. 

J’ai longtemps tenté de décrire l’immensité de mon esprit. J’ai essayé de montrer comment il était structuré, comment il évoluait, quelle en était la météo. Mais à chaque fois, j’abandonnais, car je me découvrais au fur et à mesure et je me suis rendu compte que j’étais moi-même un territoire inexploré. 

J’ai voulu à une époque avoir un carnet dans lequel je notais simplement tout ce que j’apprenais. J’avais un « microscope » de mauvaise qualité avec lequel je faisais des expériences sur des insectes que j’avais attrapés et que je torturais ensuite sous la lentille pour voir ce qu’il y avait à l’intérieur. Mais je n’ai finalement pas appris grand-chose. Je me suis interessé à plusieurs domaines à l’époque – je devais avoir 8 ou 10 ans. L’informatique, la biologie, la littérature, l’électronique, la chimie,… Mais je n’avais pas la méthode, et mes echecs à progresser dans mes recherches m’ont frustrés. Puis, j’ai vu que tout ce travail avait déjà été fait depuis longtemps ! Tout ce que je voulais apprendre figurait dans des livres, dans des manuels. Mais si c’est déjà fait, et si, par-dessus le marché, on apprend ce que je tente de découvrir dans des écoles, alors à quoi bon avancer ? 

Car j’ai un ego qui dépasse tout limite. Si d’autres personnes ont compris ce que je cherche, si ils l’ont déjà trouvé, alors je me pousse à chercher quelquechose d’encore plus abstrait, d’encore plus flou, ou il n’y a nulle vérités, nulle limites, et où je pourrais faire l’apanage d’une science de la non-science. La philosophie. 

J’apprécie beaucoup Hegel quand il écrit son épistémologie de la philosophie (la Phénoménologie de l’Esprit), mais tant que je reste dans le rationalisme, je marche sur un chemin que quelqu’un a déjà tracé. Pour aller au-delà, alors je dois parcourir des siècles de recherche et de choses que d’autres personnes ont déjà faites avant moi. C’est la terrible frustration de l’enfant-Dieu. 

Bien sûr, j’ai appris à passer outre ces considérations, et à ne pas m’enfermer dans une situation où, finalement, la seule façon pour moi d’arriver à mes fins aurait été de créer théologie. C’est cela que j’aime dans le travail du romancier, c’est qu’il est Dieu. Il a le contrôle total sur tout, l’artiste en général également, et rien ne lui échappe. C’est pour cela que j’aime tant la création artistique, pour tout refaire à mon image. Pour explorer l’infinité de mon esprit. 

J’ai eu de nombreux projets artistiques, principalement littéraires.  Mon premier texte, je l’ai écrit quand je devais avoir huit ans. Ce texte racontait une petite histoire qui se passait dans la cour de récréation. J’en ai écrit un second. Tous deux ont été transformé en boulette de papier et jetés aux oubliettes. En fait, j’avais honte d’être aussi expressif. Je ne pouvais pas faire lire cela à qui que ce soit. Je l’ai donc déchiré, et il m’a fallu dix ans pour pouvoir à nouveau m’exprimer directement à travers l’écriture. C’est ce que j’appellerai la première phase. 

Dans cette première phase, j’ai écrit successivement des histoires d’enfants, des poèmes, des nouvelles fantastiques, romantiques, réalistes, de science-fiction, et un roman moderne. Je ne me souviens pas avoir terminé un seul de ces travaux. C’est normal de manquer d’inspiration quand on utilise mille stratagèmes pour métaphoriser autant que possible son ressenti ; A la fin, on ne parle plus de soi ; et l’enfant-Dieu ne peut pas parler d’autre chose que de lui-même. D’ailleurs, ici, je me parle de moi à moi-même – admirez l’allitération des « m ». J’ai pris conscience qu’en réalité, écrire, c’est une discussion avec un seul intervenant. Mais j’insiste sur le mot discussion, parce que je parle en m’entendant parler, je me découvre une seconde fois en voyant les lettres se dessiner, et je me trouve, à la fin, ravi d’avoir fait ma propre connaissance.


Le sport on s'en foot, 1.

Philosophie — Par iron @ 21:45
Le sport, on s’en foot

Je n’ai jamais été un grand amateur de sport, aussi bien comme activité que comme divertissement. Cependant, c’est un composant essentiel de notre société et je ne peux l’ignorer comme si il n’avait aucun intérêt pour les autres. Tandis que les Jeux Olympiques de Pékin font déjà polémique plusieurs mois avant l’évènement, j’ai décidé de tenter de comprendre le « phénomène sportif ». Il me fallait d’abord savoir de quoi je parlais exactement, ensuite de tenter de comprendre le sport dans sa globalité, de ne négliger aucun de ses aspects, aucun de ses impacts.

Je commencerais trivialement, avec l’origine du mot sport. Le mot vient du vieux français desport qui signifie un plaisir physique ou de l’esprit. Progressivement, il ne s’agira plus que de divertissement physique. Cette définition est excessivement vaste pour notre recherche. Si le Littré ou le Robert acceptent ce genre de définition, nous recherchons une définition plus ciblée sur notre époque. Il faudrait plutôt chercher à savoir ce que signifie le mot sport pour les humains du XXIe siècle.

Selon cette définition, finalement, tout activité physique qui soit créatrice de plaisir est sport. Mais, aujourd’hui, on ne parle plus de sport, mais des sports. On reconnaît différentes disciplines, avec un certain respect ou non. Malheureusement pour les écossais, le lancer de tronc d’arbre ne fait pas le poids face au football ou au tennis. Il est donc question de disciplines. Je reviendrai sur ce mot plus tard également. La reconnaissance d’une discipline sportive, c’est aussi savoir qui joue, et dans quelles circonstances. On ne prêtera attention aux performances d’une personne que si il est reconnu pour sa fonction de sportif.

Il faut ensuite voir de quelle façon ont utilise le sport actuellement. Au-delà de la nécessité d’entretenir son corps, il y a un intérêt pour la communauté dans le sport lorsqu’un membre de celle-ci est reconnu pour ce qu’il fait, et peut défier une autre communauté. Nous verrons ici comment cela se traduit au XXe et XXIe siècle.

Aujourd’hui, le sport est aussi le dernier moyen pour l’homme moderne d’entretenir son corps. Cette nécessité donne au sport une inviolabilité par rapport à tous ses détracteurs. J’aimerais retenir votre attention sur le mot discipline sportive. La discipline, c’est avant tout un ensemble de règles, un mode de vie, une certaine cohésion à observer. Tout comme il faut prendre soin de soi ou respecter la loi, il faut respecter les règles du jeu. C’est un jeu, nous avons tendance à l’oublier. C’est justement l’aspect ludique du sport qui en fait son innocence. Mais le jeu n’est plus lorsque la caméra est devant le joueur. Cela devient une discipline, et lui un modèle à suivre. Tachons de mieux comprendre cette situation.

A suivre. 


Nouvelles acquisitions

Général — Par iron @ 21:18

Ca va barder...

Dictionnaire de philosophie Larousse

Michel ONFRAY, Traité d'athéologie

Michel ONFRAY, Le ventre des philosophes

Friedrich NIETZSCHE, Ainsi parlait Zarathoustra

Friedrich NIETZSCHE, Par delà le Bien et le Mal

Sigmund FREUD, Introduction à la psychanalyse

Michel FOUCAULT, Histoire de la sexualité T1

Michel FOUCAULT, Histoire de la sexualité T2

Michel FOUCAULT, Histoire de la sexualité T3

MERLEAU-PONTY, Phénoménologie de la perception

Jean-Paul SARTRE, Questions de méthode

Jean-Paul SARTRE, L'Être et le Néant

HUSSERL, Idées directives pour une phénoménologie

Immanuel KANT, Critique de la raison pure


A propos de... Alain Badiou "Le Siècle" 2

Philosophie — Par iron @ 15:17

 Cette passion du réel dont parle Badiou est selon lui au dessus du Bien et du Mal, est au dessus de toute morale. Elle l'est car la morale n'est que la trace d'un monde révolu. Je suis d'accord avec cette affirmation, qui me rappelle Hegel. En efet, la morale évolue lentement, elle est modifiée par l'évolution du réel, mais n'est pas directement effective. Combien de temps a-t-il fallu pour que le droit de vote des femmes soit respecté par les hommes après la légifération ? La morale est profondement conservatrice, et on peut se demander à quoi elle sert, quel est son rôle et son origine. Cette question sera posée plus tard.

 Vient alors une idée intéressante. Depuis la fin du petit XXe siècle, qui s'est terminé avec la fin de l'URSS, nous sommes passés de la subjectivation du réel, de la certitude de devoir agir sur le réel, à l'acceptation de la réalité. Badiou souligne que réel est réalité ne sont pas synonymes. La réalité, c'est un semblant de réel. Il nomme ce comportement le nihilisme passif. La réalité serait une représentation du réel. On peut voir, il est vrai, que si on accepte le réel, on accepte en fait l'image que l'on s'en fait, l'image qu'on veut bien lui donner. Selon Badiou, le réel est insaisissable. Vient alors le concept de nature humaine. Il faut accepter un certain comportement humain, ou l'idée que l'on se fait de l'Homme. Violent, cupide, egoïste, etc. Une sorte de cynisme s'installe, qui paralyse l'ensemble de la société. Il dira aussi plus loin, et ici on ne peut lui faire que des éloges, qu'à l'époque où on dit que le monde avance a une vitesse incroyable, on ne voit rien avancé. Car si nous acceptons la réalité, si nous ne tentons plus d'agir sur le réel, et si nous gardons pour vrai la réalité d'après la guerre froide comme modèle absolu de toute société humaine, alors nous stagnons. Et c'est ce que nous faisons. L'humanité est déprimée. Elle ne progresse plus. Bien entendu, il y a le progrès scientifique, qui est l'alibi de tous ceux qui veulent croire à un progrès humain à travers la science uniquement, mais il ne suffit pas à faire évoluer l'humain, et il le fait probablement regresser.

 Selon Badiou, le XXe, c'est le siècle de la recherche de l'homme nouveau. L'antagonisme s'opère ici, avec, d'un coté, le fascisme qui prône la restauration d'un modèle ancien, et de l'autre, le communisme, qui prône une création nouvelle issue de la fusion du Deux en Un. Cet homme nouveau doit se libérer de plusieurs choses. Premièrement la famille. La famille représentait le droit du sang, le despotisme, et l'autorité des parents, représentants l'homme ancien. On peut voir qu'aujourd'hui, l'échec est complet. La famille redevient un élement décisif dans la vie des gens, les jeunes s'y attachent de plus en plus. Il y avait ensuite l'argent, la propriété. Il n'y a qu'à voir le discours du candidat Sarko "travailler plus pour gagner plus" pour voir où on en est. Et enfin, le despotisme étatique, le refus de la démocratie bourgeoise. Aujourd'hui, le devoir de citoyen au regard de l'Etat est primordial. L'échec est total.


A propos de... Alain Badiou "Le Siècle" 1

Philosophie — Par iron @ 20:52

 J'ai récemment lu le livre d'Alain Badiou, Le siècle, et j'aimerais vous faire part ici de quelques réflexions suite à cette lecture. Ceci en est la première partie.

 Il fallait d'abord définir ce qu'était le XXe siècle, savoir quand il commençait ré. Badiou en conclut qu'il commence en 1917 et se finit dans les années 1980. Le "petit" siècle, comme il dit. Il va contre l'idée que le XXe était le siècle des idéologies. Pour lui, c'est avant le siècle de l'antagonisme. Fascisme et communisme, Etats-Unis et URSS, très riches et très pauvres, ainsi de suite. Arretons nous ici quelques instants. Est-il bien raisonnable de définir un siécle ? Badiou le disait lui même, le réel est insaisissable, il ne se représente pas, il se présente. Dès lors, comment résumer septante ans d'histoire par un seul mot ? Ensuite, pourquoi vouloir le définir ?  Est-il vraiment nécessaire de tenter de saisir le siècle dans son entièreté, alors qu'à chaque décennie, qu'à chaque année, il présente un visage différent ? Il parle d'antagonisme, mais ce n'est pas le seul siècle a avoir connu un puissant antagonisme. Le XIXe siècle n'est-il pas celui de la bourgeoisie nationale et du prolétariat international ? Le XVIIIe n'est-il pas celui de la bourgeoisie naissante et de la noblesse en France et dans bien d'autres pays ? Car nous n'avons pas encore parlé du siècle de chaque pays. Le XXe a cela d'avantageux pour le philosophe qu'on peut unilatéraliser la ligne du temps grâce à la mondialisation, et de faire d'un réalité la réalité de tous, car on ne peut plus voir un pays independament des autres - et encore, si on s'en tient à la macroéconomie. C'est ce qui m'a toujours déçu chez tous les philosophes qui se muaient en historien.

 Un autre point qui me dérange chez lui, c'est qu'il utilise des poètes ou des dramaturges pour dévelloper une question qui dépasse totalement l'oeuvre d'un artiste précis. Non pas que je crache sur Breton ou Mandelstam, mais que leur art ne représente que leur réalité, qu'il est compliqué de mettre sur un pied d'égalité un poète russe et un écrivain français.

 Par contre, là où il est intéressant, c'est quand il parle d'un débat qui a animé la société chinoise. Si on défend que le Deux fusionne en Un, cela veut-il dire que l'on est révolutionnaire ? Si on défend que le Un se divise en Deux, est-on réactionnaire ? On parlait ici des classes sociales. Si on admet après la révolution que le Deux a fusionné, alors que les classes sociales sont encores effectives, c'est ne pas reconnaître le réel, et donc voir la vieille société comme la société sans classe.

 Un se divise en Deux, Deux fusionne en Un... Cette notion n'est plus valable aujourd'hui, et cela Badiou l'admet lui-même. Depuis la chute du mur de Berlin, l'antagonisme s'est dissipé, la société s'est fragmentée, le réel n'est plus le même. C'est le XXIe siècle. En outre, il utilise un terme qui me trouble. Passion du réel. J'ai du mal à le comprendre. Subjectivation du réel ? Je ne le sais.


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