Iron

La convergence s'impose

Philosophie — Par iron @ 07:29

Il y a trois façons de vivre son époque. La première étant d'aller en son sens et de l'entretenir, la seconde, de ne rien en faire et de se laisser porter par le courant sans se soucier de son sens, et la troisième, s'y opposer. De toute évidence, les deux premières se rejoignent, comme le vote blanc ne fait que confirmer la victoire de la majorité. Pour un philosophe, un intellectuel au sens large, un artiste, et simplement un citoyen, la question de l'action ne devrait donc même pas se poser. Ceci conclut à un problème que j'avais rencontré récemment : un philosophe doit-il être réactif à son époque, ou l'étudier comme un phénomène séparé ? Et, finalement, jouer le rôle d'historien du présent. Cela sert, au mieux, à remuer de la poussière et des pages jaunies. Mais, en instrumentalisant ses recherches, en les mettant en situation, elles deviennent utiles et intéressantes. J'ai donc « décidé » de me remettre en guerre.

Encore faut-il s'y remettre intelligemment. Comment puis-je, avec les outils dont je dispose (un parti politique, internet,...) construire un argumentaire efficace qui ait une portée suffisante pour qu'il serve à quelque chose ? Le plus intéressant serait évidemment de s'attaquer à des points précis de l'expression de ce que je nommerai le « neocapitalisme », mais ceci est limité. Cela soulèvera un temps l'indignation de personnes qui sont particulièrement sensibles à tel ou tel sujet, et puis la pâte retombera. En revanche, si je construit un système d'analyse plus large, il aura davantage d'intérêt, mais sera plus ardu et plus obscur, et donc aura moins de portée. De toute évidence, il faut faire les deux. Une troisième tâche est importante : avoir l'infrastructure nécessaire pour que ma voix ait un écho et celles des autres bien entendu. Il faut donc réfléchir à la manière dont on pourrait unir les choses que l'on possède déjà afin d'en créer une nouvelle, plus efficace et plus forte.

Dans un premier lieu, il serait bon de créer une sorte de syndication. Par exemple, créer un « label » que pourraient porter toute organisation qui accepterait telle ou telle valeur. Ainsi, il serait possible de créer une « communauté » autour d'une seule et même chose et de lentement, mais sûrement, rapprocher les différentes organisations les unes des autres.

On pourrait, par exemple, y placer l'anticapitalisme, les droits de l 'Homme, etc... avec des organisations fondatrices. Et ici, il faut s'y prendre avec des pincettes. On pourrait y voir le PTB, la LCR, ATTAC, Indymedia, European Left ou que sais-je encore, mais une chose : ne pas mettre d'autres frontières que les idées communes. Ainsi, progressivement créer un projet commun qui parte d'une situation de dissociation totale basée sur des différences obsolètes, à une situation de mise en commun basé sur des similitudes fondamentales.

Soyons pragmatiques et jetons-en les bases avec les principaux intéressés. Cette première étape ne doit pas durer plus de deux semaines.


Log - 08.07.17

Général — Par iron @ 07:51

Je l'ai certainement déjà dit plusieurs fois, mais voilà des années que je tente de coucher sur papier ce qu' il y a de plus profond en moi, ce qui me passe par la tête, ce flux de pensées, ces réflexions sans mots, et à chaque fois je me dis la même chose. Je vais écrire. Cela prenait toujours des proportions exagérées, pompeuses, je parlais de cela à tout le monde, et une fois de plus j'étais déterminé à écrire quelque chose digne de moi, de montrer ce qui était en moi, probablement pour prouver que je n'étais pas une tête vide. Mais je ne savais pas quoi écrire quand j'étais devant ma feuille de papier. En fait, quand on réunit toutes les feuilles que j'ai grattées ces deux dernières années, on peut y voir un genre de journal intime. Je n'écrivais pas tous les jours, loin de là. Il pouvait se passer des semaines sans que j'écrive une seule ligne. Le plus souvent, il y avait le début d'un texte qui devait être beaucoup plus long, mais que je n'avais jamais le courage de finir. Est ce par manque d'inspiration ou par honte de ce que j'allais écrire plus tard, chaque page ressemble un peu à une ruine, comme lorsqu'on voit une rangée de colonnes de marbre sont en fait l'entrée d'un temple grec détruit. Mais mon temple à moi n'est pas encore construit.

Néanmoins, j'éprouve souvent le besoin et l'envie d'écrire. Les pensées, le flux de pensée, est pour moi pénible si il ne déborde pas sur le « monde matériel » de temps en temps. Il faut qu'il montre une partie de lui, timidement, comme si je voulais jeter le mystère sur mes propres idées. C'est peut être là aussi un trait de ma personnalité, ne jamais dire les choses complètement, donner l'envie d'en savoir plus mais de ne jamais rien ajouter, laissant le lecteur désabusé et assoiffé. Mais encore faudrait-il que quelqu'un lise mes feuillets. A part ceux directement dactylographiés comme celui ci, très peu ont été lus, si pas aucun. En ce moment même, alors que j'ai envie d'écrire, je me demande si je ne devrais pas dactylographier les autres feuilles, maintenant. Si je m'écoutais, je serais déjà en train de fouiller ma chambre pour les retrouver. Je suis volubile, probablement irresponsable et incapable de mener un projet à bien. Impulsif. D'ailleurs, je n'arriverai très certainement à rien dans ma vie. A moins qu'un miracle se produise, je n'aurai jamais la maturité suffisante pour avoir une situation stable. C'est ce qui fait de moi, en plus de quelqu'un artistiquement stérile, un être en marge de la société.

Regardez donc l'empire visuel qui se dresse devant moi ! D'ici, je peux tout voir. Je regarde les autres vivre, travailler, s'amuser, pleurer, sans jamais réellement participer. Parfois, j'aimerais faire partie de ce tout, être un rouage et me sentir utile, nécessaire. Mais si jamais je m'y place, rapidement je m'essouffle et finit par céder. Foucault me dirait certainement qu'on ne peut décemment penser cela, que nous sommes traversés par la société, que nous baignons dedans, et que nous jouons un rôle, que nous le voulions ou non. Il a très certainement raison. Il n'empêche que si j'étais un ouvrier communal, je serais celui qui regarde les autre travailler, assis sur la remorque. Et donc, dans ce corps socialement inerte, il y a une densité d'idées infinie, et là aussi, on peut comprendre pourquoi j'écris. Pour me prouver que je suis bel et bien en vie, que j'ai une fonction. Certains disent qu'on ne peut parler que de ce qu'on connaît. Il me faudrait donc écrire sur l'ennui. On pourrait s'imaginer qu'observer le monde vivre et s'agiter doit être passionnant, que l'on doit en tirer une connaissance de l'homme formidable, que l'on doit s'assagir en regardant les autres commettre des erreurs à notre place. Hé bien, pas du tout. En fait, je ne les regarde pas vraiment. Bien entendu, il m'arrive souvent de penser à eux, de réfléchir à l'homme-fonction, mais rarement à l'homme-expérience.

La vérité, la voila. Je m'emmerde. Et écrire mon ennui, c'est probablement la chose la plus concrète et la plus motivante que je puisse faire. Il y a néanmoins une chose qui attire particulièrement mon attention. La philosophie, l'art de s'asseoir sur un banc et de ne rien faire. Voilà un travail adéquat. Ainsi, on peut justifier son flux de pensée comme mode de subsistance en le comprenant comme fonction, et non comme nécessité. Et puis, j'aime beaucoup analyser, comprendre. Quelqu'un qui travaille, qui est un membre actif de la société ne peut réfléchir comme moi je réfléchis. Il n'en a tout simplement pas le temps. Mais en restant à l'écart, on peut comprendre les choses différemment, ne plus voir le monde de façon manichéenne, limitée, mais tenter de le voir comme un tout, de voir la façon dont il évolue et ce qui s'y dessine mais ne se dit pas.

En somme, je suis un parasite. Je suis le sabot du sabotage, mais pas le saboteur ; je suis inerte.


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