Iron

Déviation

Général — Par iron @ 13:18

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Log - 08.07.17

Général — Par iron @ 07:51

Je l'ai certainement déjà dit plusieurs fois, mais voilà des années que je tente de coucher sur papier ce qu' il y a de plus profond en moi, ce qui me passe par la tête, ce flux de pensées, ces réflexions sans mots, et à chaque fois je me dis la même chose. Je vais écrire. Cela prenait toujours des proportions exagérées, pompeuses, je parlais de cela à tout le monde, et une fois de plus j'étais déterminé à écrire quelque chose digne de moi, de montrer ce qui était en moi, probablement pour prouver que je n'étais pas une tête vide. Mais je ne savais pas quoi écrire quand j'étais devant ma feuille de papier. En fait, quand on réunit toutes les feuilles que j'ai grattées ces deux dernières années, on peut y voir un genre de journal intime. Je n'écrivais pas tous les jours, loin de là. Il pouvait se passer des semaines sans que j'écrive une seule ligne. Le plus souvent, il y avait le début d'un texte qui devait être beaucoup plus long, mais que je n'avais jamais le courage de finir. Est ce par manque d'inspiration ou par honte de ce que j'allais écrire plus tard, chaque page ressemble un peu à une ruine, comme lorsqu'on voit une rangée de colonnes de marbre sont en fait l'entrée d'un temple grec détruit. Mais mon temple à moi n'est pas encore construit.

Néanmoins, j'éprouve souvent le besoin et l'envie d'écrire. Les pensées, le flux de pensée, est pour moi pénible si il ne déborde pas sur le « monde matériel » de temps en temps. Il faut qu'il montre une partie de lui, timidement, comme si je voulais jeter le mystère sur mes propres idées. C'est peut être là aussi un trait de ma personnalité, ne jamais dire les choses complètement, donner l'envie d'en savoir plus mais de ne jamais rien ajouter, laissant le lecteur désabusé et assoiffé. Mais encore faudrait-il que quelqu'un lise mes feuillets. A part ceux directement dactylographiés comme celui ci, très peu ont été lus, si pas aucun. En ce moment même, alors que j'ai envie d'écrire, je me demande si je ne devrais pas dactylographier les autres feuilles, maintenant. Si je m'écoutais, je serais déjà en train de fouiller ma chambre pour les retrouver. Je suis volubile, probablement irresponsable et incapable de mener un projet à bien. Impulsif. D'ailleurs, je n'arriverai très certainement à rien dans ma vie. A moins qu'un miracle se produise, je n'aurai jamais la maturité suffisante pour avoir une situation stable. C'est ce qui fait de moi, en plus de quelqu'un artistiquement stérile, un être en marge de la société.

Regardez donc l'empire visuel qui se dresse devant moi ! D'ici, je peux tout voir. Je regarde les autres vivre, travailler, s'amuser, pleurer, sans jamais réellement participer. Parfois, j'aimerais faire partie de ce tout, être un rouage et me sentir utile, nécessaire. Mais si jamais je m'y place, rapidement je m'essouffle et finit par céder. Foucault me dirait certainement qu'on ne peut décemment penser cela, que nous sommes traversés par la société, que nous baignons dedans, et que nous jouons un rôle, que nous le voulions ou non. Il a très certainement raison. Il n'empêche que si j'étais un ouvrier communal, je serais celui qui regarde les autre travailler, assis sur la remorque. Et donc, dans ce corps socialement inerte, il y a une densité d'idées infinie, et là aussi, on peut comprendre pourquoi j'écris. Pour me prouver que je suis bel et bien en vie, que j'ai une fonction. Certains disent qu'on ne peut parler que de ce qu'on connaît. Il me faudrait donc écrire sur l'ennui. On pourrait s'imaginer qu'observer le monde vivre et s'agiter doit être passionnant, que l'on doit en tirer une connaissance de l'homme formidable, que l'on doit s'assagir en regardant les autres commettre des erreurs à notre place. Hé bien, pas du tout. En fait, je ne les regarde pas vraiment. Bien entendu, il m'arrive souvent de penser à eux, de réfléchir à l'homme-fonction, mais rarement à l'homme-expérience.

La vérité, la voila. Je m'emmerde. Et écrire mon ennui, c'est probablement la chose la plus concrète et la plus motivante que je puisse faire. Il y a néanmoins une chose qui attire particulièrement mon attention. La philosophie, l'art de s'asseoir sur un banc et de ne rien faire. Voilà un travail adéquat. Ainsi, on peut justifier son flux de pensée comme mode de subsistance en le comprenant comme fonction, et non comme nécessité. Et puis, j'aime beaucoup analyser, comprendre. Quelqu'un qui travaille, qui est un membre actif de la société ne peut réfléchir comme moi je réfléchis. Il n'en a tout simplement pas le temps. Mais en restant à l'écart, on peut comprendre les choses différemment, ne plus voir le monde de façon manichéenne, limitée, mais tenter de le voir comme un tout, de voir la façon dont il évolue et ce qui s'y dessine mais ne se dit pas.

En somme, je suis un parasite. Je suis le sabot du sabotage, mais pas le saboteur ; je suis inerte.


10 avril.

Général — Par iron @ 22:34
10 avril 2008. 

Depuis toujours, depuis mon tous-jours à moi, j’ai une soif d’apprendre, une soif de comprendre, que je n’arrive jamais à étancher. Ma vie jusqu’ici se résume à emmagasiner des connaissances, principalement sur l’Homme et sur la façon dont il voit le monde, mais à aucun moment je n’ai été satisfait de ce que j’ai appris. Cette soif de compréhension, c’est aussi une volonté de me comprendre moi-même. De même que je ne me suis intéressé à la psychologie qu’au moment où j’ai voulu savoir ce qui se passait dans mon cerveau, autant je ne me suis intéressé à la biologie qu’au moment où je me suis déchiré un ligament au pied gauche. C’est d’ailleurs ce ligament qui m’immobilise et qui m’oblige, mais sans regrets, à rester avec vous un moment. J’ai longtemps pensé à écrire ma propre Encyclopédie. En effet, quoi de mieux pour apprendre un maximum de chose que de se lancer dans la rédaction du savoir absolu ? 

Je me suis tout de suite intéressé au Livre. Ce qu’il s’y racontait à l’intérieur, le secret qu’il livrait, mais aussi sa beauté, son esthétisme, sa souplesse (je n’aime d’ailleurs pas les livres avec des couvertures en carton plus résistant), mais aussi l’image du lecteur. Le lecteur apprend, découvre, et le fait qu’il lise m’a toujours fait ressentir un profond respect envers lui. Le lecteur, c’est le savant, l’homme civilisé qui se cultive et qui entretient sa civilisation. C’est probablement aussi pour cela que j’ai commencé à lire. Mais il y a une chose qui dépasse le lecteur, c’est l’auteur. Le lecteur dépend de l’auteur, mais un auteur sans lecteur n’est qu’un pauvre fou qui un bout de papier avec une plume. Mais si on existe dans ces deux formes, alors on assure la continuité de l’espèce ! 

L’auteur, c’est aussi celui qui a quelque chose à dire. Le fait d’écrire procure un certain respect également. Mais au-delà ce cela, il y a une volonté certaine de s’exprimer, de partager, et d’enfin faire apparaître dans le monde réel ce qui existe dans l’univers de mon esprit – univers, car je me refuse à croire que le monde matériel est plus grand que celui de l’esprit. J’en suis d’ailleurs la preuve. Destiné à passer un mois avec le pied dans le plâtre, mon esprit n’a quant à lui jamais été aussi volatile, aussi stimulé. 

J’ai longtemps tenté de décrire l’immensité de mon esprit. J’ai essayé de montrer comment il était structuré, comment il évoluait, quelle en était la météo. Mais à chaque fois, j’abandonnais, car je me découvrais au fur et à mesure et je me suis rendu compte que j’étais moi-même un territoire inexploré. 

J’ai voulu à une époque avoir un carnet dans lequel je notais simplement tout ce que j’apprenais. J’avais un « microscope » de mauvaise qualité avec lequel je faisais des expériences sur des insectes que j’avais attrapés et que je torturais ensuite sous la lentille pour voir ce qu’il y avait à l’intérieur. Mais je n’ai finalement pas appris grand-chose. Je me suis interessé à plusieurs domaines à l’époque – je devais avoir 8 ou 10 ans. L’informatique, la biologie, la littérature, l’électronique, la chimie,… Mais je n’avais pas la méthode, et mes echecs à progresser dans mes recherches m’ont frustrés. Puis, j’ai vu que tout ce travail avait déjà été fait depuis longtemps ! Tout ce que je voulais apprendre figurait dans des livres, dans des manuels. Mais si c’est déjà fait, et si, par-dessus le marché, on apprend ce que je tente de découvrir dans des écoles, alors à quoi bon avancer ? 

Car j’ai un ego qui dépasse tout limite. Si d’autres personnes ont compris ce que je cherche, si ils l’ont déjà trouvé, alors je me pousse à chercher quelquechose d’encore plus abstrait, d’encore plus flou, ou il n’y a nulle vérités, nulle limites, et où je pourrais faire l’apanage d’une science de la non-science. La philosophie. 

J’apprécie beaucoup Hegel quand il écrit son épistémologie de la philosophie (la Phénoménologie de l’Esprit), mais tant que je reste dans le rationalisme, je marche sur un chemin que quelqu’un a déjà tracé. Pour aller au-delà, alors je dois parcourir des siècles de recherche et de choses que d’autres personnes ont déjà faites avant moi. C’est la terrible frustration de l’enfant-Dieu. 

Bien sûr, j’ai appris à passer outre ces considérations, et à ne pas m’enfermer dans une situation où, finalement, la seule façon pour moi d’arriver à mes fins aurait été de créer théologie. C’est cela que j’aime dans le travail du romancier, c’est qu’il est Dieu. Il a le contrôle total sur tout, l’artiste en général également, et rien ne lui échappe. C’est pour cela que j’aime tant la création artistique, pour tout refaire à mon image. Pour explorer l’infinité de mon esprit. 

J’ai eu de nombreux projets artistiques, principalement littéraires.  Mon premier texte, je l’ai écrit quand je devais avoir huit ans. Ce texte racontait une petite histoire qui se passait dans la cour de récréation. J’en ai écrit un second. Tous deux ont été transformé en boulette de papier et jetés aux oubliettes. En fait, j’avais honte d’être aussi expressif. Je ne pouvais pas faire lire cela à qui que ce soit. Je l’ai donc déchiré, et il m’a fallu dix ans pour pouvoir à nouveau m’exprimer directement à travers l’écriture. C’est ce que j’appellerai la première phase. 

Dans cette première phase, j’ai écrit successivement des histoires d’enfants, des poèmes, des nouvelles fantastiques, romantiques, réalistes, de science-fiction, et un roman moderne. Je ne me souviens pas avoir terminé un seul de ces travaux. C’est normal de manquer d’inspiration quand on utilise mille stratagèmes pour métaphoriser autant que possible son ressenti ; A la fin, on ne parle plus de soi ; et l’enfant-Dieu ne peut pas parler d’autre chose que de lui-même. D’ailleurs, ici, je me parle de moi à moi-même – admirez l’allitération des « m ». J’ai pris conscience qu’en réalité, écrire, c’est une discussion avec un seul intervenant. Mais j’insiste sur le mot discussion, parce que je parle en m’entendant parler, je me découvre une seconde fois en voyant les lettres se dessiner, et je me trouve, à la fin, ravi d’avoir fait ma propre connaissance.


Nouvelles acquisitions

Général — Par iron @ 21:18

Ca va barder...

Dictionnaire de philosophie Larousse

Michel ONFRAY, Traité d'athéologie

Michel ONFRAY, Le ventre des philosophes

Friedrich NIETZSCHE, Ainsi parlait Zarathoustra

Friedrich NIETZSCHE, Par delà le Bien et le Mal

Sigmund FREUD, Introduction à la psychanalyse

Michel FOUCAULT, Histoire de la sexualité T1

Michel FOUCAULT, Histoire de la sexualité T2

Michel FOUCAULT, Histoire de la sexualité T3

MERLEAU-PONTY, Phénoménologie de la perception

Jean-Paul SARTRE, Questions de méthode

Jean-Paul SARTRE, L'Être et le Néant

HUSSERL, Idées directives pour une phénoménologie

Immanuel KANT, Critique de la raison pure


Ecriture orgasmique, 0.

Général — Par iron @ 21:35

Je regarde ma feuille, mon écran, la page blanche, le document vide. Quand je cherche à écrire, je regarde ma feuille blanche longuement. Ses aspérités, son lignage ou son quadrillage. Dieu, le stylo, la verge, va créer. Mais en attendant, il n'y a encore rien. Il suffit de quelques mots, de quelques gouttes d'encre. Et « ça » existe. Devant ma feuille, je suis Dieu. Ce pouvoir, celui de la création, est une responsabilité que nous ne pourrons jamais assumer. Une phrase, et il existe une langue, une grammaire, peut-être un sujet, un verbe, un complément, un contenu. Un embryon. Mais mon plaisir n'est pas à la création. C'est celui d'admirer le néant. Si on m'en laissait la liberté, mon roman, ce serait quelques centaines de pages blanches, où le lecteur savourerait à chaque fois la nudité délibérément laissée par un Créateur fainéant et irresponsable. Le divin a toujours eu la place qui lui revenait dans la littérature. La métaphysique du stylo et de la feuille. Qu'y-a-t-il sous vos yeux ? Rien. Certains diront que, justement, ce rien est Tout. Le stylo va finir par jouir, le cortex va éjaculer sa substance noire sur ce paradis blanc. La feuille attend que je crée. Elle va bientôt respirer, mais pour l'heure, elle n'est pas.

On me prête parfois une tendance destructrice. Malheureux, non ! Le destructeur détruit, tandis que je me constipe l'esprit. Le Destructeur a fait le chemin inverse du mien. Il a vu l'étendue de mots, ce flux de causeries de l'esprit. Il a pris une allumette et a mis le feux à la paperasse. Et il n'a pour seul trophée que des cendres, des pages noires, ce tout incohérent qui portera toujours la marque de son existence passée. La feuille blanche n'est rien. Pour cela, je l'aime. C'est pour cela, entre autre, que j'aime écrire. On ne peut d'ailleurs être écrivain sans avoir un profond désir de pénétrer la feuille, de la soumettre, comme un tueur égorge sa victime avant de la manger et de la faire sienne. L'écrivain bande en écrivant. La feuille est un exutoire, une propriété, une dépendance territoriale.

J'ai envie de détruire cette feuille. D'anéantir son Tout de non-existence, d'allumer mon briquet et de l'abandonner aux flammes. Quand on écrit, plus qu'un soulagement, plus qu'un orgasme, c'est une justification de sa toute puissance. L'invincibilité de l'esprit qui crée. La feuille, c'est une proposition pour l'esprit d'exister. L'insolente ! Ais-je donc besoin de cela pour prouver mon existence ? Clame l'esprit. Voyez ici un grand barbu habillé en tenture, dessiné par des nuages gris, qui tend son bras de cumulus, l'index pointé sur un petit mammifère bipède doué d'intelligence. Il n'y a qu'en brûlant la feuille ou en la pénétrant, au sens le plus obscène du terme, que l'esprit existe. Il sera à jamais dépendant de la feuille. Imaginez donc que l'on vous donne un insecte, et que l'on vous dit « écrase cet insecte, affirme ta superiorité ! ».

Hé bien, j'ai décidé d'exister.


Log 002

Général — Par iron @ 21:40

C'est toujours le même rituel. Assis au bar, ou devant mon ordinateur, qu'importe. Je vois la vie des autres avancer, évoluer, je vois leurs échecs et leurs réussites. Puis, je me rend compte que je suis dans une bulle temporelle qui m'empêche d'avancer. Je ne construis ni ne détruit rien. Rien ne bouge. Cinq mois d'inertie complète. Dix huit ans, oserais-je dire. Voir les autres être actifs alors que je suis impuissant me frustre horriblement. Je dois faire ceci, je dois faire cela, on a projeté de... voila des expressions que je n'utilise plus depuis longtemps. Je me sens abandonné, en dehors de tout, parce que je ne fais jamais rien. Mais qu'y a-t-il à faire ? Cette vie, cette période de l'histoire, grande ineptie, finalement. Je ne vois rien à construire sur un sol en argile. Je ne vois pas pourquoi s'aventurer sur des routes qui ne mènent nulle part. Mais que faire d'autre ? Chaque jour, on me prouve un peu plus que nous sommes ridicule, moi en particulier, et je ne trouve rien qui pourrait motiver une démarche quelconque. On arriverait toujours au même résultat. On finirait tous au comptoir.

Quand on me demande : mais pourquoi n'avances tu donc pas ? Je ne sais que répondre. Parce que je ne crois pas en moi ? Certainement. Parce que je ne vois aucun avenir ? Probablement. Parce que j'ai toujours manqué de courage ? C'est possible. Parce que je suis d'une nature « stationnaire » ? C'est une réponse plus intéressante. C'est vrai, ce que je préfère dans la vie active, c'est précisément quand on ne fait rien. Le bonheur de rester au café, dans sa petite famille, contempler les allées et venues, toujours accueillir l'ami ou l'inconnu qui vient boire un godet à côté de soi, c'est le genre de chose qui me plaît le plus au monde. J'imagine ce qu'ils font en dehors du café. Cela me donne envie d'écrire. Sur eux, sur ce que je vois. Toujours, dans ma vie, je suis et je resterai un observateur. Je ne suis pas fait pour agir. Je suis fait pour commenter, pour conseiller, pour réconforter, pour critiquer, pour écouter, pour témoigner. Je peux être efficace et responsable dans une activité qui me plaît, mais celle qui me plaît, c'est l'inactivité. Je ne suis que le cache, le tampon de mon époque. Le problème n'est donc pas tant de me retrouver abandonné, même si dans ce genre de situation, il est difficile d'être membre d'un groupe cohérent, mais plutôt de l'image qu'on me rend de moi.

A ceux qui me disent qu'il ne faut pas accorder d'importance à ce que les autres disent, je leur ris au nez. Ce serait ignorer l'ensemble de la société. Mais je vis avec elle. Je respire l'air ambiant et je m'en inspire, que je l'aime ou non. Et l'image que je donne aura toujours une importance, sur ma vie, sur mon mental, sur mes relations avec les autres. Le nier n'y changera rien. Par contre, le clamer bien fort et essayer de changer les mentalités, c'est autre chose. J'exige donc le droit à ne rien faire. Ce n'est pas une question de paresse, d'oisiveté, de vouloir profiter du système, mais bien une question de choix. Rien ne me convient dans les activités que l'on me propose. Cela ne me motive pas, et ne me donne globalement pas envie de vivre. Bien sûr, il ne s'agit pas d'une inertie complète. Je peux entreprendre certaines choses, on peut compter sur moi, mais ce ne sont que des activités secondaire qui devront toujours se soumettre à mon inactivité. Je ne peux être réellement en paix avec moi-même que si je laisse libre cours à mes rêveries, à mes envies, à mes pensées.

Je ne compte voler d'argent à personne. Mais j'estime que toute personne qui ne fait rien a droit à confort et décence tout au long de sa vie. J'ai entendu dire un collègue qu'un homme travaillant et ayant une fonction importante valait plus à ses yeux qu'un chômeur. Pourtant, de combien d'immondes connards qui exercent des métiers importants ais-je eu vent ? Et avec combien de chômeurs honnêtes et intelligents ais-je pu parler ? Il est certainement arrogant de croire qu'on peut faire fi de toutes les valeurs de la société capitaliste, mais il est bien plus arrogant encore de croire qu'être actif suffit à un homme pour gagner ne serait-ce qu'une iota d'estime et de valeur.


Log 001

Général — Par iron @ 21:37

Ce que je dis ici ne sera pas répété deux fois. Tout d'abord, parce que j'ai rarement le courage de recommencer un ouvrage déjà entamé précédemment puis perdu. L'autre raison, et bien plus réelle, c'est que je n'aurai pas envie de devoir ressasser ce que je vais coucher ici, tout comme je ne relirai jamais ce texte. Veuillez donc excuser les quelques maladresses de style et de grammaire.

Recommençant, après quelques mois de « grève », à lire et à écrire, j'ai commencé à faire le point sur ma réelle progression dans le domaine de la littérature. J'ai beaucoup lu, c'est vrai. Proust, Nothomb, Sartre, Camus, Trotski, Simenon, pour ne citer que les principaux. Mais qu'ais-je réellement écrit ? Depuis toutes ces années où je rêve, car oui je ne fais que cela, je rêve de pouvoir enfin me consacrer à ma vocation d'écrivain, j'ai élaboré maints projets, maintes histoires, pour en revenir finalement toujours au même point. J'ai un certain style, certainement. Je ne le nie pas. Mais jusqu'ici, en dehors de quelques tirades, de quelques poèmes, de quelques phrases bien tournées sui se dégagent d'un texte plat, tel un massif rocheux au milieu de plaines désertiques, je n'ai pas pu le démontrer réellement. Et pourtant je m'en vante. C'est vrai, parfois, ces seuls « faits d'armes » constituent un patrimoine suffisant pour dire que « j'ai un certain style ».

C'est là que je me pose la première question, qui est de savoir si j'aime écrire ou si j'aime l'image de moi que je donne en écrivant. Pis encore, si par là je me déleste d'affreux remords d'un oisif frustré par une société du travail. En tous cas, j'aime écrire. Tout du moins, il m'est arrivé de prendre beaucoup de plaisir à écrire. Le verbe est tantôt salvateur, tantôt fuyard, tantôt charmeur, parfois plaidoyé et encore le plus souvent provocateur. C'est un outil très égoïste, probablement, avant d'être une passion, elle aussi fort égocentrique. On peut aisément dire que mes textes me concernent avant tout, et que le lecteur n'est que le passif témoin de ma gloire ou de ma décrépitude. Le problème est donc davantage de savoir ce qui est arrivé en premier chez moi : écrire, la situation de l'écrivain ou le symbole de la littérature ? Je ne peux pas y répondre directement. Si j'en donne la liste d'arrivée temporelle, alors c'est effectivement le plaisir d'écrire. J'ai bien écrit, quand j'avais huit ou neuf ans, quelques histoires, qui une fois encore ne racontaient que ma vie. J'y reviendrai d'ailleurs plus tard. Mais il y a l'origine de ma démarche actuelle. Elle est plus floue. Je crois qu'une fois encore, je n'ai fait qu'instrumentaliser ma capacité à écrire de belles choses pour sortir d'une impasse morale envers moi-même. Mais aujourd'hui, je le vois bien, cette seule motivation ne m'a pas poussé bien loin, et les seuls textes prometteurs (car ils promettent toujours beaucoup mais ils ne se réalisent jamais entièrement) que j'ai écrit, étaient sous le joug d'un flot naturel de mots, comme si c'était la continuité naturelle de ma pensée. C'est là que j'aime très pompeusement me comparer à Proust. Quand je le lis, j'ai l'impression que c'est là le journal de bord de son esprit, et que ses livres sont si naturels, sont tellement Proust, que c'est là le plus bel exemple de lyrisme que l'on puisse donner. C'est apparemment sous la téméraire et tempétueuse passion du verbe que je suis le meilleur, ce qui ne fait finalement qu'accentuer mon oisiveté.

Pourquoi je raconte tout cela ? Parce que c'était la condition sine qua none à un changement d'optique qui n'est pas révolutionnaire, mais évolutionnaire. Je soulignerai même ce mot, tant j'ai fait de révolution mentale qui n'ont abouti qu'à construire une autre strate imperméable dont rien ne sort, puisque déjà couchée sur des bases complètement stériles. Mais il est encore temps de bâtir. Finalement, si toutes ces questions sont soulevées aujourd'hui, c'est qu'il y avait une réelle dénaturation de mes textes. Il me vient comme seule et unique conclusion tangible, que si je suis un être qui effectivement n'écrit que pour lui, et qui n'a d'autre but que de créer la continuité alors empêchée de sa pensée, je n'ai aucune bonne raison de me raconter autre chose que moi-même. Pourtant, je le ferai lire aux autres, comble de l'hypocrisie, de l'orgueil et de l'égocentrisme, néanmoins tout à fait justifié.

Donc, d'accord, parler de soi. Mais avec quels mots ? C'est là la tâche la plus difficile pour moi. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, je n'ai jamais pu aller au fond des choses. C'est une pudeur que la pudeur elle-même m'interdit d'avouer. Je noterai ici que j'ai longuement réfléchit avant d'aligner les mots qui précédent, cherchant la façon la plus subtile et la plus mensongère de suggérer les choses seulement, et de les enfouir sous une vaste couche de métaphore et de sous-entendu, de telle sorte qu'elles en deviendraient imperceptible, même pour moi. Cette longue phrase est d'ailleurs la décontraction de la lourdeur de celle qui la précède, et celle-ci, la dernière des trois, salvatrice, et annonciatrice d'un nouvel aveu de ma stérilité littéraire.

Je vous parlais tout à l'heure de mes premiers textes, écrits fébrilement un peu après avoir appris l'alphabet et les principales notions de conjugaison. Ces textes ne sont, à ce que je me souvienne, peu différents de mes créations plus récentes. Il est deux convergences à noter : je parle toujours en je, et pourtant ce n'est jamais moi qui parle, mais une autre personne. La seconde chose, c'est que le personnage ne rencontre jamais vraiment mes situations émotionnelles, mais plus généralement une pâle copie, plus souvent encore une personne susceptible d'avoir eu les mêmes sentiments que moi, mais bien souvent qui restent un phénomène passé dont je ne parle jamais vraiment. Cette extrême pudeur, car c'est en effet de la pudeur. Et je suis un peu aujourd'hui, face à mon écran, comme une pucelle avant sa nuit de noce. Mais la coincée s'assume. Je n'assume pas ma pudeur, puisque je ne la raconte pas. Il y a en tous cas un problème pour l'écrivain lyrique à ne pas vouloir se dévoiler. Parler en « je » ne suffit pas.


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