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C'est toujours le même rituel. Assis au bar, ou devant mon ordinateur, qu'importe. Je vois la vie des autres avancer, évoluer, je vois leurs échecs et leurs réussites. Puis, je me rend compte que je suis dans une bulle temporelle qui m'empêche d'avancer. Je ne construis ni ne détruit rien. Rien ne bouge. Cinq mois d'inertie complète. Dix huit ans, oserais-je dire. Voir les autres être actifs alors que je suis impuissant me frustre horriblement. Je dois faire ceci, je dois faire cela, on a projeté de... voila des expressions que je n'utilise plus depuis longtemps. Je me sens abandonné, en dehors de tout, parce que je ne fais jamais rien. Mais qu'y a-t-il à faire ? Cette vie, cette période de l'histoire, grande ineptie, finalement. Je ne vois rien à construire sur un sol en argile. Je ne vois pas pourquoi s'aventurer sur des routes qui ne mènent nulle part. Mais que faire d'autre ? Chaque jour, on me prouve un peu plus que nous sommes ridicule, moi en particulier, et je ne trouve rien qui pourrait motiver une démarche quelconque. On arriverait toujours au même résultat. On finirait tous au comptoir.
Quand on me demande : mais pourquoi n'avances tu donc pas ? Je ne sais que répondre. Parce que je ne crois pas en moi ? Certainement. Parce que je ne vois aucun avenir ? Probablement. Parce que j'ai toujours manqué de courage ? C'est possible. Parce que je suis d'une nature « stationnaire » ? C'est une réponse plus intéressante. C'est vrai, ce que je préfère dans la vie active, c'est précisément quand on ne fait rien. Le bonheur de rester au café, dans sa petite famille, contempler les allées et venues, toujours accueillir l'ami ou l'inconnu qui vient boire un godet à côté de soi, c'est le genre de chose qui me plaît le plus au monde. J'imagine ce qu'ils font en dehors du café. Cela me donne envie d'écrire. Sur eux, sur ce que je vois. Toujours, dans ma vie, je suis et je resterai un observateur. Je ne suis pas fait pour agir. Je suis fait pour commenter, pour conseiller, pour réconforter, pour critiquer, pour écouter, pour témoigner. Je peux être efficace et responsable dans une activité qui me plaît, mais celle qui me plaît, c'est l'inactivité. Je ne suis que le cache, le tampon de mon époque. Le problème n'est donc pas tant de me retrouver abandonné, même si dans ce genre de situation, il est difficile d'être membre d'un groupe cohérent, mais plutôt de l'image qu'on me rend de moi.
A ceux qui me disent qu'il ne faut pas accorder d'importance à ce que les autres disent, je leur ris au nez. Ce serait ignorer l'ensemble de la société. Mais je vis avec elle. Je respire l'air ambiant et je m'en inspire, que je l'aime ou non. Et l'image que je donne aura toujours une importance, sur ma vie, sur mon mental, sur mes relations avec les autres. Le nier n'y changera rien. Par contre, le clamer bien fort et essayer de changer les mentalités, c'est autre chose. J'exige donc le droit à ne rien faire. Ce n'est pas une question de paresse, d'oisiveté, de vouloir profiter du système, mais bien une question de choix. Rien ne me convient dans les activités que l'on me propose. Cela ne me motive pas, et ne me donne globalement pas envie de vivre. Bien sûr, il ne s'agit pas d'une inertie complète. Je peux entreprendre certaines choses, on peut compter sur moi, mais ce ne sont que des activités secondaire qui devront toujours se soumettre à mon inactivité. Je ne peux être réellement en paix avec moi-même que si je laisse libre cours à mes rêveries, à mes envies, à mes pensées.
Je ne compte voler d'argent à personne. Mais j'estime que toute personne qui ne fait rien a droit à confort et décence tout au long de sa vie. J'ai entendu dire un collègue qu'un homme travaillant et ayant une fonction importante valait plus à ses yeux qu'un chômeur. Pourtant, de combien d'immondes connards qui exercent des métiers importants ais-je eu vent ? Et avec combien de chômeurs honnêtes et intelligents ais-je pu parler ? Il est certainement arrogant de croire qu'on peut faire fi de toutes les valeurs de la société capitaliste, mais il est bien plus arrogant encore de croire qu'être actif suffit à un homme pour gagner ne serait-ce qu'une iota d'estime et de valeur.
Moi, j'emmerde la vie active. Je suis pour la vie passive.
Par Pauline — 17 avr 2008, 20:46