Iron

25 avr, 2008

10 avril.

Général — Par iron @ 22:34
10 avril 2008. 

Depuis toujours, depuis mon tous-jours à moi, j’ai une soif d’apprendre, une soif de comprendre, que je n’arrive jamais à étancher. Ma vie jusqu’ici se résume à emmagasiner des connaissances, principalement sur l’Homme et sur la façon dont il voit le monde, mais à aucun moment je n’ai été satisfait de ce que j’ai appris. Cette soif de compréhension, c’est aussi une volonté de me comprendre moi-même. De même que je ne me suis intéressé à la psychologie qu’au moment où j’ai voulu savoir ce qui se passait dans mon cerveau, autant je ne me suis intéressé à la biologie qu’au moment où je me suis déchiré un ligament au pied gauche. C’est d’ailleurs ce ligament qui m’immobilise et qui m’oblige, mais sans regrets, à rester avec vous un moment. J’ai longtemps pensé à écrire ma propre Encyclopédie. En effet, quoi de mieux pour apprendre un maximum de chose que de se lancer dans la rédaction du savoir absolu ? 

Je me suis tout de suite intéressé au Livre. Ce qu’il s’y racontait à l’intérieur, le secret qu’il livrait, mais aussi sa beauté, son esthétisme, sa souplesse (je n’aime d’ailleurs pas les livres avec des couvertures en carton plus résistant), mais aussi l’image du lecteur. Le lecteur apprend, découvre, et le fait qu’il lise m’a toujours fait ressentir un profond respect envers lui. Le lecteur, c’est le savant, l’homme civilisé qui se cultive et qui entretient sa civilisation. C’est probablement aussi pour cela que j’ai commencé à lire. Mais il y a une chose qui dépasse le lecteur, c’est l’auteur. Le lecteur dépend de l’auteur, mais un auteur sans lecteur n’est qu’un pauvre fou qui un bout de papier avec une plume. Mais si on existe dans ces deux formes, alors on assure la continuité de l’espèce ! 

L’auteur, c’est aussi celui qui a quelque chose à dire. Le fait d’écrire procure un certain respect également. Mais au-delà ce cela, il y a une volonté certaine de s’exprimer, de partager, et d’enfin faire apparaître dans le monde réel ce qui existe dans l’univers de mon esprit – univers, car je me refuse à croire que le monde matériel est plus grand que celui de l’esprit. J’en suis d’ailleurs la preuve. Destiné à passer un mois avec le pied dans le plâtre, mon esprit n’a quant à lui jamais été aussi volatile, aussi stimulé. 

J’ai longtemps tenté de décrire l’immensité de mon esprit. J’ai essayé de montrer comment il était structuré, comment il évoluait, quelle en était la météo. Mais à chaque fois, j’abandonnais, car je me découvrais au fur et à mesure et je me suis rendu compte que j’étais moi-même un territoire inexploré. 

J’ai voulu à une époque avoir un carnet dans lequel je notais simplement tout ce que j’apprenais. J’avais un « microscope » de mauvaise qualité avec lequel je faisais des expériences sur des insectes que j’avais attrapés et que je torturais ensuite sous la lentille pour voir ce qu’il y avait à l’intérieur. Mais je n’ai finalement pas appris grand-chose. Je me suis interessé à plusieurs domaines à l’époque – je devais avoir 8 ou 10 ans. L’informatique, la biologie, la littérature, l’électronique, la chimie,… Mais je n’avais pas la méthode, et mes echecs à progresser dans mes recherches m’ont frustrés. Puis, j’ai vu que tout ce travail avait déjà été fait depuis longtemps ! Tout ce que je voulais apprendre figurait dans des livres, dans des manuels. Mais si c’est déjà fait, et si, par-dessus le marché, on apprend ce que je tente de découvrir dans des écoles, alors à quoi bon avancer ? 

Car j’ai un ego qui dépasse tout limite. Si d’autres personnes ont compris ce que je cherche, si ils l’ont déjà trouvé, alors je me pousse à chercher quelquechose d’encore plus abstrait, d’encore plus flou, ou il n’y a nulle vérités, nulle limites, et où je pourrais faire l’apanage d’une science de la non-science. La philosophie. 

J’apprécie beaucoup Hegel quand il écrit son épistémologie de la philosophie (la Phénoménologie de l’Esprit), mais tant que je reste dans le rationalisme, je marche sur un chemin que quelqu’un a déjà tracé. Pour aller au-delà, alors je dois parcourir des siècles de recherche et de choses que d’autres personnes ont déjà faites avant moi. C’est la terrible frustration de l’enfant-Dieu. 

Bien sûr, j’ai appris à passer outre ces considérations, et à ne pas m’enfermer dans une situation où, finalement, la seule façon pour moi d’arriver à mes fins aurait été de créer théologie. C’est cela que j’aime dans le travail du romancier, c’est qu’il est Dieu. Il a le contrôle total sur tout, l’artiste en général également, et rien ne lui échappe. C’est pour cela que j’aime tant la création artistique, pour tout refaire à mon image. Pour explorer l’infinité de mon esprit. 

J’ai eu de nombreux projets artistiques, principalement littéraires.  Mon premier texte, je l’ai écrit quand je devais avoir huit ans. Ce texte racontait une petite histoire qui se passait dans la cour de récréation. J’en ai écrit un second. Tous deux ont été transformé en boulette de papier et jetés aux oubliettes. En fait, j’avais honte d’être aussi expressif. Je ne pouvais pas faire lire cela à qui que ce soit. Je l’ai donc déchiré, et il m’a fallu dix ans pour pouvoir à nouveau m’exprimer directement à travers l’écriture. C’est ce que j’appellerai la première phase. 

Dans cette première phase, j’ai écrit successivement des histoires d’enfants, des poèmes, des nouvelles fantastiques, romantiques, réalistes, de science-fiction, et un roman moderne. Je ne me souviens pas avoir terminé un seul de ces travaux. C’est normal de manquer d’inspiration quand on utilise mille stratagèmes pour métaphoriser autant que possible son ressenti ; A la fin, on ne parle plus de soi ; et l’enfant-Dieu ne peut pas parler d’autre chose que de lui-même. D’ailleurs, ici, je me parle de moi à moi-même – admirez l’allitération des « m ». J’ai pris conscience qu’en réalité, écrire, c’est une discussion avec un seul intervenant. Mais j’insiste sur le mot discussion, parce que je parle en m’entendant parler, je me découvre une seconde fois en voyant les lettres se dessiner, et je me trouve, à la fin, ravi d’avoir fait ma propre connaissance.


Commentaires


Commenter

Commenter
 authimage

Powered by LifeType - Hébergé par Echosdunet, Actualité ADSL, Test ADSL et Comparatif ADSL