Iron

La convergence s'impose

Philosophie — Par iron @ 07:29

Il y a trois façons de vivre son époque. La première étant d'aller en son sens et de l'entretenir, la seconde, de ne rien en faire et de se laisser porter par le courant sans se soucier de son sens, et la troisième, s'y opposer. De toute évidence, les deux premières se rejoignent, comme le vote blanc ne fait que confirmer la victoire de la majorité. Pour un philosophe, un intellectuel au sens large, un artiste, et simplement un citoyen, la question de l'action ne devrait donc même pas se poser. Ceci conclut à un problème que j'avais rencontré récemment : un philosophe doit-il être réactif à son époque, ou l'étudier comme un phénomène séparé ? Et, finalement, jouer le rôle d'historien du présent. Cela sert, au mieux, à remuer de la poussière et des pages jaunies. Mais, en instrumentalisant ses recherches, en les mettant en situation, elles deviennent utiles et intéressantes. J'ai donc « décidé » de me remettre en guerre.

Encore faut-il s'y remettre intelligemment. Comment puis-je, avec les outils dont je dispose (un parti politique, internet,...) construire un argumentaire efficace qui ait une portée suffisante pour qu'il serve à quelque chose ? Le plus intéressant serait évidemment de s'attaquer à des points précis de l'expression de ce que je nommerai le « neocapitalisme », mais ceci est limité. Cela soulèvera un temps l'indignation de personnes qui sont particulièrement sensibles à tel ou tel sujet, et puis la pâte retombera. En revanche, si je construit un système d'analyse plus large, il aura davantage d'intérêt, mais sera plus ardu et plus obscur, et donc aura moins de portée. De toute évidence, il faut faire les deux. Une troisième tâche est importante : avoir l'infrastructure nécessaire pour que ma voix ait un écho et celles des autres bien entendu. Il faut donc réfléchir à la manière dont on pourrait unir les choses que l'on possède déjà afin d'en créer une nouvelle, plus efficace et plus forte.

Dans un premier lieu, il serait bon de créer une sorte de syndication. Par exemple, créer un « label » que pourraient porter toute organisation qui accepterait telle ou telle valeur. Ainsi, il serait possible de créer une « communauté » autour d'une seule et même chose et de lentement, mais sûrement, rapprocher les différentes organisations les unes des autres.

On pourrait, par exemple, y placer l'anticapitalisme, les droits de l 'Homme, etc... avec des organisations fondatrices. Et ici, il faut s'y prendre avec des pincettes. On pourrait y voir le PTB, la LCR, ATTAC, Indymedia, European Left ou que sais-je encore, mais une chose : ne pas mettre d'autres frontières que les idées communes. Ainsi, progressivement créer un projet commun qui parte d'une situation de dissociation totale basée sur des différences obsolètes, à une situation de mise en commun basé sur des similitudes fondamentales.

Soyons pragmatiques et jetons-en les bases avec les principaux intéressés. Cette première étape ne doit pas durer plus de deux semaines.


Le discours gourmand

Philosophie — Par iron @ 00:36

Cette réflexion m'est venue à la suite du visionnage d'un magazine sur France 5 qui parlait des mensonges de l'industrie alimentaire sur les vertus de leurs produits, en matière de santé et de perte de poids. Aujourd'hui, bien plus que de dénoncer des personnes, des groupes précis qui pourraient jouer un rôle négatif dans ce domaine, je voudrais attirer votre attention sur le mécanisme de la diffusion des informations au sujet de l'alimentation.

Il y a aujourd'hui un modèle humain clairement définit par les média au sens large. Au lieu d'y voir ici un plan démoniaque de tentative de normalisation totale de la population résultant d'un complot bourgeois international, j'aimerais plutôt mettre l'accent sur un phénomène sans conscience immanente : la mise sur le marché de l'humain en pièces détachées. Que ce soit son physique, son alimentation, sa santé, sa nourriture spirituelle, sa sexualité, etc, tout est à vendre. Mais pour pouvoir proposer un produit concernant une de ces facettes qui soit potentiellement consommable par un public cible bien défini, il faut avant tout un modèle de référence. Ce modèle va servir à inciter la population-cible à consommer tel ou tel produit pour s'aligner sur ce modèle et en consommer d'autres pour s'y tenir. Cette mise en vente générale est une nécessité de l'impérialisme pour ouvrir de nouveaux marchés à l'intérieur même de son fief. Cette nécessité n'a pas de conscience propre, c'est une évolution, une nécessité historique de l'impérialisme. En somme, quand on a repeint tout le mur, on rajoute une couche, sans quoi il n'y aurait plus aucun intérêt de posséder de la peinture. C'est une première chose.

Dans cette mise en vente générale, il y a, c'est le sujet de cet article, l'alimentation. Ce n'est pas une caractéristique parmi d'autres, car elle est une fonction majeure du corps humain. Il faut, pour comprendre l'ensemble du problème, n'en oublier aucune dimension. L'alimentation est vitale pour le corps humain, et de ce fait, elle est un besoin qui est enraciné en nous jusque dans notre instinct. Cette nécessité biologique a, au-delà de son importance physiologique, une importance psychologique. Dans l'alimentation, il y a le plaisir de l'alimentation, de l'acte, du ressenti, le plaisir de se libérer d'un manque lors de la nourriture. Ensuite, il y a une question d'identité. Nous avons tendance à l'oublier, notre personnalité, notre mode de vie, notre origine culturelle définit notre alimentation. En consommant un produit manufacturé, un aliment issu du marché mondial, nous nous identifions inconsciemment à ce mode de production, nous en dépendons de facto, délaissant petit à petit d'autres sources d'alimentation, car plus coûteuses ou qui demandent trop de temps de préparation, tels que les produits bruts à cuisiner que l'on trouve sur les marchés de quartier. Ce changement de comportement est, dans un monde où nous avons de moins en moins de temps à consacrer à l'élaboration de notre identité alimentaire, la première étape du discours.

Cette alimentation rapide et irréfléchie est devenue une nécessité pour la population active, et donc des enfants qui sont à sa charge. Nous sommes passés, en quelques décennies seulement, d'une alimentation issue de la production strictement nationale et le plus souvent artisanale, à la consommation de produits manufacturés, en provenance de l'étranger, ou plus simplement dépendants du marché mondial. Aujourd'hui, cette source est devenue naturelle pour les nouvelles générations. Bien entendu, beaucoup se posent la question de l'écologie, mais une minorité seulement se pose la question de cette subversion radicale de notre mode de vie.

Il y a, néanmoins, une certaine image encore du produit du terroir. C'est une question profondément identitaire. Par cette appellation, on donne une authenticité au produit, on lui donne une valeur sentimentale, un sentiment de pouvoir encore profiter des petits plaisirs du monde ancien. Sans chercher à les rétablir, on se sent posséder une plus-value identitaire le temps d'un repas. Le produit du terroir fait plus office de vieille façade qu'il faut nettoyer de temps en temps que de réelle alternative à l'alimentation globalisée dans le mode de vie alimentaire occidental. Mais on prête souvent d'autres vertus à ce produit. Si on critique la nouvelle alimentation comme étant nocive pour la santé, bourrée de sucre et de matières grasses, alors ce vestige du monde ancien est, de son antagonisme avec le mode de production à grande échelle, nécessairement bonne pour la santé et innocentée de toute nuisance potentielle. Dès lors, tout ce qui affiche un caractère naturel (fruits, laitages, légumes) est à consommer aveuglément.

Ce détail qui n'en est pas un nous amène le second point du problème discursif : l'alerte sanitaire. La population s'est rapidement habituée à cette nouvelle alimentation, ne faisant globalement plus qu'un avec ce mode de production. Mais voilà que dans cette symbiose parfaite entre pauvreté et mode de production à prix bas un élément perturbateur vient s'ajouter : la santé. Les médecins s'apercevant après coup de la dégradation de la santé de la population due à ce nouveau mode de vie alimentaire, lance l'alerte sanitaire et fait frissonner le consommateur. Rapidement, ce problème va permettre à l'industrie alimentaire de relancer la concurrence et la consommation. En effet, comme les consommateurs vont commencer à rechercher des produits à-priori bons pour la santé, il y aura une nouveau pôle concurrentiel et l'arrivée sur le marché de nouveaux produits qui viendront s'additionner aux autres. Le mode de production ayant l'air de s'être plus ou moins adapté à la nouvelle demande, la symbiose est conservée. Le discours publicitaire se modifie donc pour avaler si j'ose dire le discours scientifique avec une précision assez relative.

Un autre élément, directement lié à l'alerte sanitaire vient s'installer : l'arrivée avec les média du modèle esthétique. Si aujourd'hui le phénomène s'étend à l'intérieur de la gente masculine, c'est principalement les femmes qui sont concernées au départ. La femme se libérant des chaînes que le capitalisme patriarcal lui avait directement imposée à été dans l'obligation de se redéfinir. Mais le système n'ayant jamais dit son dernier mot va rapidement imposer une norme de la femme libre et moderne. Elle a le droit à la beauté. Le modèle : américain. La source : télévisuelle. Ce modèle va commencer par transiter par le cinéma. Les actrices charmantes – mais bien souvent dans des rôles soumis - vont donner une nouvelle perspective à la femme. Puis, avec l'arrivée de la télévision, ce ne sera plus seulement un modèle que l'on ira admirer au cinéma, ce sera un modèle féminin directement importé dans les foyers.

L'industrie alimentaire ne va pas tarder à comprendre qu'il y a là un rôle majeur à jouer. L'image de la femme, dans son rôle le plus médiocre, celui que la société patriarcale lui donne en guise de libération, c'est avant tout une silhouette, un corps qu'il faut entretenir. L'alimentation, source principale de la constitution du corps, va jouer un rôle déterminant. Et là où il va devenir particulièrement puissant, c'est au moment où il va se coupler avec la réponse du discours publicitaire à l'alerte sanitaire. Je crois qu'il faut voir dans ce binôme un seul et même fait, qui est la volonté de construire un modèle quasiment impossible à atteindre sur lequel, à travers les produits à vertus amincissantes et bons pour la santé, il va falloir pousser la population à s'aligner pour conserver une consommation régulière de produits inutiles.

Néanmoins, avec la nouvelle mode médiatique qui est de crier au loup systématiquement lorsqu'une nouvelle découverte ou qu'un nouveau problème surgit afin de faire peur à la population, il y a de plus en plus de débats au sujet de la consommation des occidentaux. Comment expliquer, alors que les scientifiques ont enfin droit à la parole, que la mise en garde est devenue systématique au point de devenir paranoïaque, que les choses ne changent pas ?

C'est la dernière étape. Celle de la dépendance. Bien entendu, ce n'est pas une dépendance chimique, telle que la drogue. Cette dépendance est structurelle, sociale, et hautement politique. Le discours publicitaire sur les produits alimentaires est un énorme noeud que l'on doit démêler. Il faut, pour savoir exactement ce que l'on achète, ce que l'on mange, beaucoup de patience et de temps pour aller voir derrière l'information. C'est précisément ce dont l'occidental moyen manque aujourd'hui. Tout comme il n'a pas toujours le courage de s'intéresser en profondeur à la politique, il n'aura pas plus le courage de se renseigner sur la composition de chaque produit qu'il consomme et de lire les derniers rapports scientifiques. D'autant plus que ces derniers sont écrits dans un langage bien précis, réservés aux scientifiques eux-même.

Quand l'Homme rentre de son travail, il a une série encore d'obligations à remplir. Ménage, approvisionnement du frigo, s'occuper des enfants, etc. Après une journée bien remplie, c'est simple, il n'a plus qu'une envie : se jeter sur le canapé et se reposer. Tout est fait d'ailleurs pour qu'il en aie envie. Les programmes télévisés les plus populaires et les plus simples d'esprits sont diffusés aux heures de grande écoute. Il y a le rituel du repas familial pendant le journal, voir après. Ces moments de réconfort sont très souvent pratiqués devant la télévision. C'est donc quand le niveau de concentration est le plus faible, quand plus personne n'a envie de se défendre contre quoi que ce soit mais de pouvoir laisser son esprit se reposer que vient la publicité. Sur certaines chaînes, les programmes ne sont que des transitions entre deux pages de publicités. Ce qui va être dit lors d'une publicité ne sera pas souvent analysé, il sera enregistré et l'inconscient, parfois même une conscience directe, fera le reste.

Mais prenons le cas de quelqu'un qui ait le courage de décrypter, de réfléchir un peu à l'information qu'il reçoit. Il va rester informé, parfois se documenter. Très rapidement, il sera confronté à l'immense multiplicité des discours. Le labyrinthe discursif est un mélange entre différents discours scientifiques, parfois douteux (car le discours scientifique peut être faux, même si c'est la base de notre recherche de la vérité actuelle), le discours de l'industrie, et celui des média. En fait, on ne comprend rapidement plus grand chose, et nous nous perdons dans une multitude d'informations.

On ne peut que difficilement contourner ce mécanisme de dépendance, à moins d'avoir fait des études de médecine, d'économie, et de comprendre réellement les enjeux de ce nouveau discours gourmand. Voici comment, après une analyse succincte, j'explique la façon dont le discours publicitaire nous encercle et définit la composition de notre assiette.



Le sport on s'en foot, 1.

Philosophie — Par iron @ 21:45
Le sport, on s’en foot

Je n’ai jamais été un grand amateur de sport, aussi bien comme activité que comme divertissement. Cependant, c’est un composant essentiel de notre société et je ne peux l’ignorer comme si il n’avait aucun intérêt pour les autres. Tandis que les Jeux Olympiques de Pékin font déjà polémique plusieurs mois avant l’évènement, j’ai décidé de tenter de comprendre le « phénomène sportif ». Il me fallait d’abord savoir de quoi je parlais exactement, ensuite de tenter de comprendre le sport dans sa globalité, de ne négliger aucun de ses aspects, aucun de ses impacts.

Je commencerais trivialement, avec l’origine du mot sport. Le mot vient du vieux français desport qui signifie un plaisir physique ou de l’esprit. Progressivement, il ne s’agira plus que de divertissement physique. Cette définition est excessivement vaste pour notre recherche. Si le Littré ou le Robert acceptent ce genre de définition, nous recherchons une définition plus ciblée sur notre époque. Il faudrait plutôt chercher à savoir ce que signifie le mot sport pour les humains du XXIe siècle.

Selon cette définition, finalement, tout activité physique qui soit créatrice de plaisir est sport. Mais, aujourd’hui, on ne parle plus de sport, mais des sports. On reconnaît différentes disciplines, avec un certain respect ou non. Malheureusement pour les écossais, le lancer de tronc d’arbre ne fait pas le poids face au football ou au tennis. Il est donc question de disciplines. Je reviendrai sur ce mot plus tard également. La reconnaissance d’une discipline sportive, c’est aussi savoir qui joue, et dans quelles circonstances. On ne prêtera attention aux performances d’une personne que si il est reconnu pour sa fonction de sportif.

Il faut ensuite voir de quelle façon ont utilise le sport actuellement. Au-delà de la nécessité d’entretenir son corps, il y a un intérêt pour la communauté dans le sport lorsqu’un membre de celle-ci est reconnu pour ce qu’il fait, et peut défier une autre communauté. Nous verrons ici comment cela se traduit au XXe et XXIe siècle.

Aujourd’hui, le sport est aussi le dernier moyen pour l’homme moderne d’entretenir son corps. Cette nécessité donne au sport une inviolabilité par rapport à tous ses détracteurs. J’aimerais retenir votre attention sur le mot discipline sportive. La discipline, c’est avant tout un ensemble de règles, un mode de vie, une certaine cohésion à observer. Tout comme il faut prendre soin de soi ou respecter la loi, il faut respecter les règles du jeu. C’est un jeu, nous avons tendance à l’oublier. C’est justement l’aspect ludique du sport qui en fait son innocence. Mais le jeu n’est plus lorsque la caméra est devant le joueur. Cela devient une discipline, et lui un modèle à suivre. Tachons de mieux comprendre cette situation.

A suivre. 


A propos de... Alain Badiou "Le Siècle" 2

Philosophie — Par iron @ 15:17

 Cette passion du réel dont parle Badiou est selon lui au dessus du Bien et du Mal, est au dessus de toute morale. Elle l'est car la morale n'est que la trace d'un monde révolu. Je suis d'accord avec cette affirmation, qui me rappelle Hegel. En efet, la morale évolue lentement, elle est modifiée par l'évolution du réel, mais n'est pas directement effective. Combien de temps a-t-il fallu pour que le droit de vote des femmes soit respecté par les hommes après la légifération ? La morale est profondement conservatrice, et on peut se demander à quoi elle sert, quel est son rôle et son origine. Cette question sera posée plus tard.

 Vient alors une idée intéressante. Depuis la fin du petit XXe siècle, qui s'est terminé avec la fin de l'URSS, nous sommes passés de la subjectivation du réel, de la certitude de devoir agir sur le réel, à l'acceptation de la réalité. Badiou souligne que réel est réalité ne sont pas synonymes. La réalité, c'est un semblant de réel. Il nomme ce comportement le nihilisme passif. La réalité serait une représentation du réel. On peut voir, il est vrai, que si on accepte le réel, on accepte en fait l'image que l'on s'en fait, l'image qu'on veut bien lui donner. Selon Badiou, le réel est insaisissable. Vient alors le concept de nature humaine. Il faut accepter un certain comportement humain, ou l'idée que l'on se fait de l'Homme. Violent, cupide, egoïste, etc. Une sorte de cynisme s'installe, qui paralyse l'ensemble de la société. Il dira aussi plus loin, et ici on ne peut lui faire que des éloges, qu'à l'époque où on dit que le monde avance a une vitesse incroyable, on ne voit rien avancé. Car si nous acceptons la réalité, si nous ne tentons plus d'agir sur le réel, et si nous gardons pour vrai la réalité d'après la guerre froide comme modèle absolu de toute société humaine, alors nous stagnons. Et c'est ce que nous faisons. L'humanité est déprimée. Elle ne progresse plus. Bien entendu, il y a le progrès scientifique, qui est l'alibi de tous ceux qui veulent croire à un progrès humain à travers la science uniquement, mais il ne suffit pas à faire évoluer l'humain, et il le fait probablement regresser.

 Selon Badiou, le XXe, c'est le siècle de la recherche de l'homme nouveau. L'antagonisme s'opère ici, avec, d'un coté, le fascisme qui prône la restauration d'un modèle ancien, et de l'autre, le communisme, qui prône une création nouvelle issue de la fusion du Deux en Un. Cet homme nouveau doit se libérer de plusieurs choses. Premièrement la famille. La famille représentait le droit du sang, le despotisme, et l'autorité des parents, représentants l'homme ancien. On peut voir qu'aujourd'hui, l'échec est complet. La famille redevient un élement décisif dans la vie des gens, les jeunes s'y attachent de plus en plus. Il y avait ensuite l'argent, la propriété. Il n'y a qu'à voir le discours du candidat Sarko "travailler plus pour gagner plus" pour voir où on en est. Et enfin, le despotisme étatique, le refus de la démocratie bourgeoise. Aujourd'hui, le devoir de citoyen au regard de l'Etat est primordial. L'échec est total.


A propos de... Alain Badiou "Le Siècle" 1

Philosophie — Par iron @ 20:52

 J'ai récemment lu le livre d'Alain Badiou, Le siècle, et j'aimerais vous faire part ici de quelques réflexions suite à cette lecture. Ceci en est la première partie.

 Il fallait d'abord définir ce qu'était le XXe siècle, savoir quand il commençait ré. Badiou en conclut qu'il commence en 1917 et se finit dans les années 1980. Le "petit" siècle, comme il dit. Il va contre l'idée que le XXe était le siècle des idéologies. Pour lui, c'est avant le siècle de l'antagonisme. Fascisme et communisme, Etats-Unis et URSS, très riches et très pauvres, ainsi de suite. Arretons nous ici quelques instants. Est-il bien raisonnable de définir un siécle ? Badiou le disait lui même, le réel est insaisissable, il ne se représente pas, il se présente. Dès lors, comment résumer septante ans d'histoire par un seul mot ? Ensuite, pourquoi vouloir le définir ?  Est-il vraiment nécessaire de tenter de saisir le siècle dans son entièreté, alors qu'à chaque décennie, qu'à chaque année, il présente un visage différent ? Il parle d'antagonisme, mais ce n'est pas le seul siècle a avoir connu un puissant antagonisme. Le XIXe siècle n'est-il pas celui de la bourgeoisie nationale et du prolétariat international ? Le XVIIIe n'est-il pas celui de la bourgeoisie naissante et de la noblesse en France et dans bien d'autres pays ? Car nous n'avons pas encore parlé du siècle de chaque pays. Le XXe a cela d'avantageux pour le philosophe qu'on peut unilatéraliser la ligne du temps grâce à la mondialisation, et de faire d'un réalité la réalité de tous, car on ne peut plus voir un pays independament des autres - et encore, si on s'en tient à la macroéconomie. C'est ce qui m'a toujours déçu chez tous les philosophes qui se muaient en historien.

 Un autre point qui me dérange chez lui, c'est qu'il utilise des poètes ou des dramaturges pour dévelloper une question qui dépasse totalement l'oeuvre d'un artiste précis. Non pas que je crache sur Breton ou Mandelstam, mais que leur art ne représente que leur réalité, qu'il est compliqué de mettre sur un pied d'égalité un poète russe et un écrivain français.

 Par contre, là où il est intéressant, c'est quand il parle d'un débat qui a animé la société chinoise. Si on défend que le Deux fusionne en Un, cela veut-il dire que l'on est révolutionnaire ? Si on défend que le Un se divise en Deux, est-on réactionnaire ? On parlait ici des classes sociales. Si on admet après la révolution que le Deux a fusionné, alors que les classes sociales sont encores effectives, c'est ne pas reconnaître le réel, et donc voir la vieille société comme la société sans classe.

 Un se divise en Deux, Deux fusionne en Un... Cette notion n'est plus valable aujourd'hui, et cela Badiou l'admet lui-même. Depuis la chute du mur de Berlin, l'antagonisme s'est dissipé, la société s'est fragmentée, le réel n'est plus le même. C'est le XXIe siècle. En outre, il utilise un terme qui me trouble. Passion du réel. J'ai du mal à le comprendre. Subjectivation du réel ? Je ne le sais.


Questions

Philosophie — Par iron @ 21:42

Les banques, propres et aseptisées, où rien n'est visible, avec le langage commercial et politiquement correct, le langage de la banque, éloigne-t-elle l'homme de l'argent, de la notion de travail ? En effet, si il n'y a plus de contact avec l'argent, on en oublie son importance (sauf besoins directs), de même qu'en achetant une action, même minime, on oublie le travail qu'il y a derrière. Le chiffre a supplanté le mot et l'acte. L'influence de l'informatique ? Sur les pensées, et sur la vie quotidienne. A-t-elle éloigné l'homme de la réalité ?


Senghor

Philosophie — Par iron @ 22:01

 Ceci est une dissertation écrite en classe en une heure et demi. Je la retravaillerai par après. Je vous laisse ici la première version.

La doctrine de la négritude élaborée par Senghor vous parait-elle être une solution à l'émancipation du peuple sénégalais ?

Introduire un tel sujet n'est pas facile. Pas facile parce que je m'avance dans un sujet dont je ne mesure pas encore bien l'ampleur et pour lequel il me manque des informations sur la situation sénégalaise. Je vais néanmoins tâcher d'analyser ce sujet, mais avec beaucoup de prudence. Voyons tout d'abord les principaux reproches qui lui sont faits, nous aurons un tour d'horizon de cette problématique.

La principale critique nous vient d'Adotevi. Il considère que la négritude est un concept qui a eut son utilité lors de l'indépendance, mais qui n'a pas su s'adapter aux besoins de la population. En effet, la négritude présentait la culture noire de façon idéaliste et archaïque. D'autres disent qu'en reprenant les préjugés des colons, il enferme le Noir dans son rôle par rapport à l'Occident.

En lisant ces critiques, une chose est apparue de plus en plus clairement : la nécessité historique d'un soulèvement passe toujours par une idéalisation de l'opprimé. Que ce soient le féminisme, le mouvement de libération homosexuel, la révolution russe ou la révolution française, ainsi que les nombreux mouvement d'indépendances à l'intérieur des colonies. Certains ont remplis leur rôle, d'autres non. Voyons en quoi la négritude est différente des autres et quels sont ses échecs, dont certains ont été mis en évidence, mais jamais réellement mis en situation et en corrélation. Je me limiterai aux mouvements indépendantistes coloniaux, et je verrai comment ils ont réussis. Pour ce faire, je commencerai par étudier la façon dont un pays opprime l'autre à l'intérieur d'une colonie.

Le pays colonisateur (je ne parlerai pas ici des colonies privées) s'installe systématiquement pour une raison économique, nous le savions déjà. Au départ, donc, le peuple colonisé n'est qu'une matière première pour les colons, tel l'or ou le charbon. Il y a une dépendance, une soumission qu'il s'installe donc, je parlerai d'ailleurs d'aliénation. On peut distinguer trois volets dans cette dépendance : économique, physique, et culturelle. En effet, en plus de gérer un peuple comme du bétail, ils apportent avec eux leur culture, qui se traduit à travers une structure étatique, une religion, un mode de vie, une langue, et tout ce qui fait l'Européen européen. La structure de la société dite indigène (je ne parlerai pas ici d'Etat) est rayée de la réalité historique. Aujourd'hui encore, on mentionne très peu la situation de l'Afrique avant la colonisation. La vie du colonisé étant vide de droits, vide de culture (d'identité;) et vide de possession, plus rien ne le définit. Il va donc chercher à réintégrer sa fierté, son identité, et trouver une bonne condition de vie. Voyons comment et avec quels outils il va tenter de s'extirper de sa condition.

Pour cela, il faut comprendre comment fonctionne une société coloniale, mais aussi quelle possibles interactions elle peut avoir avec la métropole. Dans la société coloniale se développe une société de classe, légèrement différente, légèrement différente de celle du pays colonisateur, dans le sens où n'importe quel colon allant habiter dans la colonie devient membre de la bourgeoisie coloniale. Les colonisés étant à mi-chemin entre l'esclavage et le prolétariat. Le prolétaire n'existe pas dans une société coloniale. Les colonisés deviennent alors la classe dominée de facto. La colonie ayant alors davantage besoin de nouveaux capitaux que de main d'oeuvre qualifiée, c'est principalement la bourgeoisie (et les moyens de production avec eux) qui s'installent dans la colonie. Ceci vaut uniquement pour les colonies de population, dans les colonies économiques, seul l'argent voyage. Le peuple colonisé aura le soutien d'un prolétariat européen en ces temps là survolté, qui va attaquer et tenter de déstabiliser la classe dominante.

Il y aura également des conflits entre les pays occidentaux, où le peuple colonisé, pourra, lui aussi, se révolter. Vient maintenant une question importante : comment des peuples déchirés peuvent trouver la cohésion nécessaire pour lutter sur un front commun ? Selon moi, il y a plusieurs moyens : une conscience de classe élevée, qui est forte si l'oppression physique est présente. Cette façon d'unir le peuple colonisé fonctionne moins bien si le pays colonisateur lui laisse davantage de liberté. Le vecteur culturel, tel la négritude, ou encore le vecteur religieux. La négritude a donc cet avantage d'unir un continent entier derrière un seul et même mot. Car si la révolte se limite au Sénégal, elle sera rapidement livrée à elle-même. Cette situation n'est pas viable. Elle ne suffit d'ailleurs pas pour en finir avec l'Occident. Explorons un peu cette aliénation économique.

La solution, simple mais ingénieuse, pour l'Occident, de garder la main-mise sur l'économie du pays colonisé, a été de continuer à investir dans l'ancienne colonie : armes, médicaments, matériel divers, tout cela est bon. L'ancienne colonie n'ayant pas d'argent pour payer ces produits dont elle a pourtant besoin, elle s'endette, et s'enfonce petit à petit dans les affres de la mondialisation. Ainsi, le peuple colonisé reste dominé économiquement, indirectement physiquement (car dépendant du marché mondial). Reste la culture, pâle nostalgie de journées plus belles, qui, en plus de ne résoudre aucun problème, augmente encore un peu plus la frustration des anciens peuples colonisés.

La révolution culturelle n'est alors intéressante que pour quelques intellectuels, et reste indépendante du contexte historique. La recherche d'identité doit donc être un phénomène plus vaste, qui est l'amorce d'une subtile mécanique de libération. Certains ont parlé de manque d'adaptation, je dirai plutôt ici d'un manque d'une métamorphose nécessaire. Réveiller continuellement l'orgueil d'un peuple dans une mécanique active finit souvent par transformer un mouvement révolutionnaire en mouvement réactionnaire nationaliste. Au contraire, sur fond culturel, la révolution doit se métamorphoser en réel organe de lutte, mais qui se base cette fois sur une conscience de classe éveillée par la révolution culturelle pour avancer vers une indépendance totale.

Bien entendu, ce mouvement doit converger avec des vagues similaires dans les pays voisins, et établir une réelle solidarité, sous peine de voir le mouvement autarcique se voir écrasé par le système mondial. Certains disent que cette route est pleine d'embûches, et qu'on n'arrive à un tel mouvement que par miracle. Ils n'ont pas tort. Senghor avait pourtant là une occasion de le faire.

Le mouvement d'indépendance dans les colonies n'est pas profondément différents des autres mouvements révolutionnaires. Le principe est toujours le même – et peu ont réussi. Le féminisme, le mouvement homosexuel, lé révolution irlandaise, etc. Tous ont échoués parce qu'ils ne se sont pas dépassés. Quand on comprend d'une caractéristique, qu'un rapport de force entre deux classes est le résultat d'un système et de son histoire, alors on comprend aussi que changer une caractéristique précise ne mène qu'à la stigmatisation, et incite le système à entourer, ou plutôt gérer ce problème avec plus d'attention. Ainsi, les populations sont encore plus comprimées dans leur rôle qu'on leur a donné. En somme, on devrait lutter ensemble, faire converger tous les mouvements, qui ne se battent que contre une seule et même chose, en gardant à l'esprit que la somme de plusieurs peuples ne sera jamais égal à la somme de son total.


 


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