Senghor
Ceci est une dissertation écrite en classe en une heure et demi. Je la retravaillerai par après. Je vous laisse ici la première version.
La doctrine de la négritude élaborée par Senghor vous parait-elle être une solution à l'émancipation du peuple sénégalais ?
Introduire un tel sujet n'est pas facile. Pas facile parce que je m'avance dans un sujet dont je ne mesure pas encore bien l'ampleur et pour lequel il me manque des informations sur la situation sénégalaise. Je vais néanmoins tâcher d'analyser ce sujet, mais avec beaucoup de prudence. Voyons tout d'abord les principaux reproches qui lui sont faits, nous aurons un tour d'horizon de cette problématique.
La principale critique nous vient d'Adotevi. Il considère que la négritude est un concept qui a eut son utilité lors de l'indépendance, mais qui n'a pas su s'adapter aux besoins de la population. En effet, la négritude présentait la culture noire de façon idéaliste et archaïque. D'autres disent qu'en reprenant les préjugés des colons, il enferme le Noir dans son rôle par rapport à l'Occident.
En lisant ces critiques, une chose est apparue de plus en plus clairement : la nécessité historique d'un soulèvement passe toujours par une idéalisation de l'opprimé. Que ce soient le féminisme, le mouvement de libération homosexuel, la révolution russe ou la révolution française, ainsi que les nombreux mouvement d'indépendances à l'intérieur des colonies. Certains ont remplis leur rôle, d'autres non. Voyons en quoi la négritude est différente des autres et quels sont ses échecs, dont certains ont été mis en évidence, mais jamais réellement mis en situation et en corrélation. Je me limiterai aux mouvements indépendantistes coloniaux, et je verrai comment ils ont réussis. Pour ce faire, je commencerai par étudier la façon dont un pays opprime l'autre à l'intérieur d'une colonie.
Le pays colonisateur (je
ne parlerai pas ici des colonies privées) s'installe
systématiquement pour une raison économique, nous le
savions déjà. Au départ, donc, le peuple
colonisé n'est qu'une matière première pour les
colons, tel l'or ou le charbon. Il y a une dépendance, une
soumission qu'il s'installe donc, je parlerai d'ailleurs
d'aliénation. On peut distinguer trois volets dans cette
dépendance : économique, physique, et culturelle. En
effet, en plus de gérer un peuple comme du bétail, ils
apportent avec eux leur culture, qui se traduit à travers une
structure étatique, une religion, un mode de vie, une langue,
et tout ce qui fait l'Européen européen. La structure
de la société dite indigène (je ne parlerai pas
ici d'Etat) est rayée de la réalité historique.
Aujourd'hui encore, on mentionne très peu la situation de
l'Afrique avant la colonisation. La vie du colonisé étant
vide de droits, vide de culture (d'identité
et vide de
possession, plus rien ne le définit. Il va donc chercher à
réintégrer sa fierté, son identité, et
trouver une bonne condition de vie. Voyons comment et avec quels
outils il va tenter de s'extirper de sa condition.
Pour cela, il faut comprendre comment fonctionne une société coloniale, mais aussi quelle possibles interactions elle peut avoir avec la métropole. Dans la société coloniale se développe une société de classe, légèrement différente, légèrement différente de celle du pays colonisateur, dans le sens où n'importe quel colon allant habiter dans la colonie devient membre de la bourgeoisie coloniale. Les colonisés étant à mi-chemin entre l'esclavage et le prolétariat. Le prolétaire n'existe pas dans une société coloniale. Les colonisés deviennent alors la classe dominée de facto. La colonie ayant alors davantage besoin de nouveaux capitaux que de main d'oeuvre qualifiée, c'est principalement la bourgeoisie (et les moyens de production avec eux) qui s'installent dans la colonie. Ceci vaut uniquement pour les colonies de population, dans les colonies économiques, seul l'argent voyage. Le peuple colonisé aura le soutien d'un prolétariat européen en ces temps là survolté, qui va attaquer et tenter de déstabiliser la classe dominante.
Il y aura également des conflits entre les pays occidentaux, où le peuple colonisé, pourra, lui aussi, se révolter. Vient maintenant une question importante : comment des peuples déchirés peuvent trouver la cohésion nécessaire pour lutter sur un front commun ? Selon moi, il y a plusieurs moyens : une conscience de classe élevée, qui est forte si l'oppression physique est présente. Cette façon d'unir le peuple colonisé fonctionne moins bien si le pays colonisateur lui laisse davantage de liberté. Le vecteur culturel, tel la négritude, ou encore le vecteur religieux. La négritude a donc cet avantage d'unir un continent entier derrière un seul et même mot. Car si la révolte se limite au Sénégal, elle sera rapidement livrée à elle-même. Cette situation n'est pas viable. Elle ne suffit d'ailleurs pas pour en finir avec l'Occident. Explorons un peu cette aliénation économique.
La solution, simple mais ingénieuse, pour l'Occident, de garder la main-mise sur l'économie du pays colonisé, a été de continuer à investir dans l'ancienne colonie : armes, médicaments, matériel divers, tout cela est bon. L'ancienne colonie n'ayant pas d'argent pour payer ces produits dont elle a pourtant besoin, elle s'endette, et s'enfonce petit à petit dans les affres de la mondialisation. Ainsi, le peuple colonisé reste dominé économiquement, indirectement physiquement (car dépendant du marché mondial). Reste la culture, pâle nostalgie de journées plus belles, qui, en plus de ne résoudre aucun problème, augmente encore un peu plus la frustration des anciens peuples colonisés.
La révolution culturelle n'est alors intéressante que pour quelques intellectuels, et reste indépendante du contexte historique. La recherche d'identité doit donc être un phénomène plus vaste, qui est l'amorce d'une subtile mécanique de libération. Certains ont parlé de manque d'adaptation, je dirai plutôt ici d'un manque d'une métamorphose nécessaire. Réveiller continuellement l'orgueil d'un peuple dans une mécanique active finit souvent par transformer un mouvement révolutionnaire en mouvement réactionnaire nationaliste. Au contraire, sur fond culturel, la révolution doit se métamorphoser en réel organe de lutte, mais qui se base cette fois sur une conscience de classe éveillée par la révolution culturelle pour avancer vers une indépendance totale.
Bien entendu, ce mouvement doit converger avec des vagues similaires dans les pays voisins, et établir une réelle solidarité, sous peine de voir le mouvement autarcique se voir écrasé par le système mondial. Certains disent que cette route est pleine d'embûches, et qu'on n'arrive à un tel mouvement que par miracle. Ils n'ont pas tort. Senghor avait pourtant là une occasion de le faire.
Le mouvement d'indépendance dans les colonies n'est pas profondément différents des autres mouvements révolutionnaires. Le principe est toujours le même – et peu ont réussi. Le féminisme, le mouvement homosexuel, lé révolution irlandaise, etc. Tous ont échoués parce qu'ils ne se sont pas dépassés. Quand on comprend d'une caractéristique, qu'un rapport de force entre deux classes est le résultat d'un système et de son histoire, alors on comprend aussi que changer une caractéristique précise ne mène qu'à la stigmatisation, et incite le système à entourer, ou plutôt gérer ce problème avec plus d'attention. Ainsi, les populations sont encore plus comprimées dans leur rôle qu'on leur a donné. En somme, on devrait lutter ensemble, faire converger tous les mouvements, qui ne se battent que contre une seule et même chose, en gardant à l'esprit que la somme de plusieurs peuples ne sera jamais égal à la somme de son total.